A L'OMBRE DE TAHA HUSSEIN

UN CITOYEN QUI S'INTERESSE A LA MARCHE DU SIECLE

jeudi 30 juin 2011

LE MAROC, C’EST AUSSI UN LIVRE OUVERT SUR LE MONDE …

Je ne mentirai pas en affirmant que je me sens lassé, et quelque peu perturbé…par le tintamarre des débats — sont-ce encore des débats ou un concours de prestations revendicatives? — sur cette « satanée » Constitution qui commence à nous « assommer royalement » par le délire « nocif » de ses détracteurs, comme de ses supporters d'ailleurs!
Au fil du temps, la pertinence et la sérénité (du dialogue) ont cédé le pas à la stérilité et à la provocation, pour nous donner un spectacle affligeant d’incivilité ou de redondance…
Je suis comme « anesthésié » par le déluge des discussions interminables et contradictoires,  où finalement TOUT EST DIT, ET SON CONTRAIRE !
Et maintenant que nous avons  tout vu, lu et entendu, nous avons  besoin d’une petite «pause» paisible, propice à la réflexion et à la « digestion » avant le fatidique Vendredi 1erJuillet 2011…
Cédant à une impulsion que je n’ai pas réussi à réprimer, j’ai voulu vous distraire, et pour ce faire je n’ n’ai pas trouvé mieux  que de vous  associer à l’un de mes "savoureux" plaisirs qui est la lecture... En vous livrant quelques extraits de titres qui meublent mon temps libre en ce moment, et qui me procurent  à chaque page lue, une immense reconnaissance pour tous ces intellectuels qui observent le monde où nous vivons avec une rare rigueur dans le regard, et nous décrivent ses turpitudes sans l’once d’une  avanie  dans les sentences  lucides qu’ils nous livrent...
Peut-on dire la même chose de nos « débatteurs » improvisés d’aujourd’hui ?

Les extraits en question concernent quatre livres — que je lis simultanément  et par intermittence, sans perdre une once de mon plaisir — qui traitent de sujets d’une actualité « mordante »… Vous allez vous en rendre compte par vous-mêmes.
En voici les titres et les auteurs (pour la majorité des Marocains, qui font honneur à leur  pays, par leur érudition et leur intégrité intellectuelle).


1)    A la lumière d’un siècle (écrits journalistiques 1992-2006) de Aïssa BENCHEKROUN (Ex-Ambassadeur, décédé en 2006), Éditions Porte d’Anfa, pages 90-92
(J’ai déjà eu l’occasion de parler de ce livre et surtout de son auteur, Diplomate chevronné et talentueux (décédé depuis peu), dans un post antérieur).

[…]
Ce 21ème siècle n’a qu’un an et déjà…
Juillet 2006
        Ce vingt et unième siècle n’a qu’un an1 quand un « tsunami rugissant du ciel » frappe New York de sa terrible capacité destructrice, avec le dessein de se perpétuer sur  une très longue période et de se répercuter par des conséquences politiques et socio-économiques sur le monde, autant que par des dévastations, meurtrières dans quelques régions particulières. Le nouveau siècle ressemble déjà à un vieux et mythique siècle des temps anciens, plein d’étranges et sanglantes légendes gravées dans sa juvénile mémoire. Pourtant, certains observateurs se demandaient, avant sa naissance, suite à l’euphorie de la fin « victorieuse » de la guerre froide, si « le prochain siècle n’était pas américain ».
        Ce terrible attentat suicide, perpétré par un petit groupe de kamikazes arabes, laisse des milliers de victimes innocentes, pleine de promesses pour elles-mêmes, pour leurs familles et pour leurs pays respectifs et symboles de modernité (une modernité décriée comme le produit d’une mentalité haïssable parce que dérivant d’une certaine propension au chauvinisme et à l’impérialisme). Par l’énormité de l’attaque contre le poumon du commerce mondial et le centre des services des plus hautes technologies du monde, cette matinée du 11 septembre 2001 restera inscrite en lettres de sang dans toutes les mémoires. Quand la malédiction, à l’instar de celle du Pharaon, s’installe quelque part, ne dit-on pas qu’elle n’arrêtera pas de produire ses effets dévastateurs et que les années qui suivront, porteront la marque indélébile de son sceau ?
        Ce siècle se distingue des précédents par un syndrome particulier, celui du terrorisme. Il lui colle à la peau, pour avoir inventé le plus vague des « casus belli », pour avoir initié la plus injuste des guerres, la guerre contre les idées, pour avoir déclenché des réactions émotionnelles en chaîne et pour avoir suscité des rancœurs autant chez les amis que chez les ennemis. Son coup de tonnerre du 11/9 constitue un tournant irréversible vers des horizons impossibles à éviter. Le mot du président Bush sur « la nouvelle croisade », par la suite qualifié de « lapsus »2, traduit la pensée profonde de l’administration américaine. L’effort de guerre ne va pas tarder à se concentrer sur les arabo-musulmans d’Amérique, puis en Afghanistan et en Irak, maintenant en Palestine et au Liban par Israël interposé et dans un avenir très proche, en Syrie et en Iran ! On assiste ainsi à des offensives de plus en plus meurtrières, contre toute une panoplie de fantômes réunis sous le vocable vague de « terrorisme international », pour cacher des cibles réelles et camoufler les véritables raisons.
 […]
       Le nouveau siècle voit le jour sur une puissance unipolaire, victorieuse d’une guerre froide, fière de ses succès et rongée par le démon de l’impérialisme. En charge de conflits datant du siècle dernier et héritière d’une mentalité et d’une série de comportements dont certains lui ont été imposés, elle en assume la continuité et la responsabilité !
[…]

1  La formule de Victor Hugo dans sa biographie « Ce siècle avait deux ans ! Déjà Napoléon perçait déjà sous Bonaparte » peut suggérer une comparaison pour ce 21ème siècle qui n’a qu’un an que déjà un général fan de la guerre anti-terroriste perce sous l’habit solennel d’un président civil élu.
2  Tout de suite après l’attentat sur le Trade Center, le Président américain avait déclaré qu’il s’agissait là d’une nouvelle Croisade, ce que ses conseillers ont vite tenté de corriger en parlant de « lapsus ».
N’est-ce pas une sensation forte que de lire (sur 2 pages à peine) une analyse aussi pointilleuse, aussi concise et aussi pertinente sur les conséquences dramatiques d’un attentat qui a défrayé la chronique, et continue aujourd’hui encore  à produire les mêmes nuisances dans les relations entre les antagonistes de toujours : l’Occident et l’Orient Arabe? (bâties sur des malentendus  tenaces et qui durent encore !).
Et ce n’est qu’une infime parcelle (d’un livre de 401pages) d’une longue série d’événements qui ont marqué la fin d’un 20ème siècle (triomphant d’un communisme « dépravé ») et un 3ème millénaire (entamé dans la souffrance et le sang !).



2)    L’Empire des sultans. Anthropologie politique au Maroc, Essai de Ali BENHADDOU, Riveneuve Éditions 2010, pages 170-171

[…]
   Gauchistes et islamistes réclament la démocratie. Mais la démocratie n’a, on le sait, ni ancrage historique, ni force suffisante, ni aucune chance de réussir, parce qu’inspirée des événements extérieurs et débarrassé de toute conviction personnelle.
   Tout effort est désormais reporté sur le pouvoir sacré du roi, pour lequel les contestataires sont des agitateurs coupables de sacrilège 1, Leur révolte contre la monarchie apparaît donc comme une hérésie ou, pour reprendre l’expression de Marcuse, le « crime suprême assimilable au meurtre du Père ». La faute ne peut être expiée que par la mise en place du dispositif de répression pour restaurer l’image paternelle du monarque. Du coup, toute cette économie affective qui l’entoure s’étend par projection sur ceux qui parlent en son nom. Une nouvelle classe, amalgamant technocrates, capitalistes, militaires, conservateurs actifs, supplante les partis, les élus, les idéologues et leurs organisations. Dans ces conditions, évidemment, le vieux makhzen revient avec sa propension au dirigisme centralisateur et autoritaire.
   Comment était-il perçu au temps de sa gloire ?
   « Le makhzen ne constituait qu’une coalition d’intérêts et ne représentait ni une pensée constructive ni une volonté positive. Tout son idéal consistait à se maintenir pour le plus grand profit des individus qui le composaient ; Enfin, il souffrait de l’égoïsme de ses membres et de leur instabilité. A l’intérieur de la « collectivité bénéficiaire » ou la seule faveur du Sultan pouvait permettre les plus étonnantes fortunes ou précipiter dans les pires disgrâces, chacun devait âprement pousser et défendre sa chance. Les rivalités de personnes et de clans, sous des abords de parfaite politesse, étaient constantes et sans pitié. L’incertitude du lendemain rendait plus ardentes les ambitions, plus passionnées les insatisfactions du moment 1. »
   Et maintenant ? La division et le clientélisme sont sa force vitale. L’instabilité politique est sa devise. Les ministres changent constamment de mains, et des hommes isolés, sans grande audience, accèdent au pouvoir. Personne ne doit rester trop longtemps en place, de façon à entraver toute organisation à des fins politiques. De nouveaux hommes sortent du néant, d’autres y retombent, sauvés ou perdus. Ceux qui exercent le pouvoir, n’ont pour ainsi dire aucune idée sur ceux qui les succéderont. Contraints au succès éphémère, ils pensent d’abord  à améliorer leur propre situation, ainsi que celle de leurs proches qu’ils doivent promptement enrichir avant de disparaître à leur tour.
   Du fait de cette vulnérabilité, érigée en système, les classes sociales, les partis politiques, les syndicats ouvriers, les organisations patronales sont disloqués, dépendants, amorphes, cupides, corrompus. Où est leur enthousiasme, l’euphorie de leur début ? Leurs exigences sont trop neutralisées, leurs appétits trop domptés. Quiconque lève la tête se voit infliger des sanctions allant de la disgrâce à la dépossession ; ce qui incite les plus impétueux au maximum de prudence à l’égard de la politique.

1 Cf. infra chapitre X.
1 Henri Terrasse, Histoire du Maroc, Casablanca, Atlantides, 1949,  p.361
Ce « flash » saisissant (par sa tonalité et son analyse percutante) d’une période toute récente du Maroc (les années soixante-dix après l’accès au Pouvoir de Hassan II), nous surprend « drôlement » en ce sens que nous avions l’impression qu’une ère nouvelle s’était  instaurée (dans notre Pays) depuis l’avènement de Mohammed VI ! Et voilà que (selon le texte) certaines « réalités tenaces » viennent contrarier notre « bonne conscience » à leur sujet ! Quelle désillusion ! Et surtout quelle frustration ! Dire qu’un certain « changement » était palpable !... (Diable ! Comme nos jugements diffèrent en fonction de notre position à l'égard du pouvoir !)
Là aussi, ce n’est  qu’un aspect  très partiel de la brillante et exhaustive analyse anthropologique et politique de l’Histoire du Maroc (de 1830, année du débarquement de la France en Algérie, à nos jours) que nous livre M.BENHADDOU, et que je découvre avec enchantement.
Appréciez avec moi la chute remarquable — par son acuité avec l’instant politique que nous vivons en ce moment — de son livre (page 299) : « Le jour où, par exemple, les  élites apprendront à se soumettre à d’autres lois que les leurs, à découvrir une liberté capable de déterminer les limites du supportable, à négocier, coopérer, redistribuer, partager, le Maroc sera alors sur la voie d’une réelle démocratisation. »
Qui dit mieux !


3)    De l’islamisme Une réfutation personnelle du totalitarisme religieux, de Fouad LAROUI ? Éditions Robert Laffont 2006, pages 104-106


[…]
   Abderraziq commence, selon l’usage des auteurs arabes, par analyser le mot même de califat (khilafa) : d’un point de vue linguistique, il ne signifie rien d’autre que « venir après quelqu’un ». Même sur ce point relativement mineur, notre qadi s’appuie sur un verset du Coran (XLIII, 60) pour établir l’acception du mot, ce qui illustre sa volonté d’être irréprochable en ce qui concerne les sources. Après avoir cité plusieurs auteurs dont il ne partage manifestement pas les avis, il leur fait ce reproche : « Du fait qu’ils attribuent à la charge califale une puissance si grande, une dignité si élevée et des pouvoirs si étendus, ces auteurs auraient dû indiquer l’origine de cette puissance et de ces pouvoirs : d’où le calife les tient-il et qui les lui a accordés ? En fait, ils ont négligé cette recherche ». Et Abderraziq de le faire pour eux. Il en déduit que les musulmans ont développé sur cette question deux théories bien distinctes :
   La première considère que le calife tient son autorité et sa puissance directement de Dieu (Abderraziq notera en fin de chapitre que « cette doctrine est proche des idées de Hobbes »). Il cite ensuite des théologiens et poètes qui ont illustré cette conception, en allant parfois très loin, jusqu’aux frontières du sacrilège : « Cette opinion s’est tellement répandue que les poètes ont pu pousser l’hyperbole jusqu’à placer les califes au niveau de l’Être suprême, ou peu s’en faut. «  Grave accusation quand on sait qu’il n’y a en Islam qu’un seul péché vraiment mortel, le shirk, c’est-à-dire le fait de placer quelque chose ou quelqu’un sur le même plan que Dieu… Les islamistes d’aujourd’hui ont-ils médité cette remarque d’Abderraziq ?
   La Deuxième théorie considère que le calife tient son pouvoir de la communauté des croyants, la oumma, qui le désigne et lui accorde ses prérogatives. Le califat est donc un simple contrat et la communauté reste le véritable dépositaire du pouvoir. Abderraziq note que « cette doctrine est pratiquement celle que l’on attribue au philosophe Locke ». En termes plus proches de ceux des Lumières, on pourrait dire également que « la souveraineté réside dans le peuple ».
   En fait, il est inutile d’aller plus loin, en ce qui nous concerne. En effet, il nous suffit de poser une question aux islamistes d’aujourd’hui :
   Messieurs, entre Hobbes et Locke, où vous situez-vous ?
   Ou plutôt, posons-la autrement :
   Messieurs, entre Abou Ja’afar Al-Mansour, qui prétendait « incarner la puissance de Dieu sur terre », et Al-Kasani, pour lequel « le calife est un mandataire de la communauté », où vous situez-vous ?
   Dilemme.
   Dans le premier cas, ils se rendent coupables, horresco referens, de shirk et ils se disqualifient entièrement. (Ils sont même passibles de la peine de mort, selon leur propre chari’a…)
   Dans le second cas, pourquoi cette délégation d’autorité politique, qui est parfaitement compatible avec la pensée des Lumières et les conceptions modernes de la démocratie, devrait-elle se transformer comme par magie en une autorité religieuse ? N’est-ce pas contraire au Coran et à la Sunna ? Les deux n’insistent-ils pas sur le rapport direct, sans intermédiaire, entre Dieu et chaque croyant ? Ai-je besoin d’une autorité religieuse sur terre ?
   Bien sûr que non. On ne peut que conclure à la nécessaire séparation du religieux et du politique. C’est ce que Abderraziq fait, après une étude très serrée qu’il est inutile de paraphraser ici. Retenons cependant qu’il affirme que la oumma n’est pas un État et qu’il n’est jamais fait mention du califat en tant qu’institution politique dans le Coran. Le prophète n’a pas été envoyé pour fonder un État et il n’y a jamais eu d’État islamique de son vivant. L’islam n’a rien à voir avec la forme d’État qui est apparue dans le monde islamique au gré des circonstances historiques. Par conséquent, cette forme n’a pas à être de nouveau imposée. Le choix par les croyants d’un type de gouvernement ou d’un autre dépend entièrement d’eux et le califat n’est pas une obligation.

Voilà encore un sujet d’une prégnante actualité. Comment doit s’organiser la séparation des « pouvoirs » religieux et politique, dans un pays qui déclare l’Islam sa religion d’Etat ? Se basera-t-il sur des textes religieux (qu’il faut inventer !) ou appliquera-t-il une vision moderne pour gouverner « civilement » sans référence à la religion ? Le débat semble clos puisque la Constitution a tranché pour la «liberté du culte », ce qui veut dire que la LOI n’a pas de connotation religieuse et peut s’appliquer à tous les Marocains, quelle que soit leur confession.
Fouad LAROUI est un intellectuel que j’apprécie beaucoup, parce qu’il aborde des sujets variés, avec une constance égale dans la pertinence et la clarté de l'analyse, plus un sens aigu de l’observation, mêlé d’un zeste d’humour qui ne laisse pas indifférent.




4)    La Voie Pour l’avenir de l’humanité, d’Edgar Morin, Éditions Fayard, pages 21,22.

   
Les Poly-crises

  La globalisation ne fait pas qu’entretenir sa propre crise. Son dynamisme suscite des crises multiples et variées à l’échelle planétaire.
  La crise de l’économie mondiale apparue en 2008 résulte fondamentalement de l’absence de véritables dispositifs de régulation. Elle ne se résume pas à un accident provoqué par une hypertrophie du crédit, laquelle n’est pas seulement due au souci d’une population appauvrie par l’enchérissement des prix de maintenir son niveau de vie par l’endettement. Cette hypertrophie est également due aux spéculations du capitalisme financier sur le pétrole, les minéraux, les céréales, etc. Écrivant sur André Gorz, Patrick Viveret cite deux auteurs qui parlent de l’intérieur du système : Patrick Artus, directeur de la recherche de Natixis, et Marie-Paule Virard, rédactrice en chef d’Enjeux-Les-Échos de 2003 à 2008. Leur livre, Globalisation : le pire est à venir, a été écrit avant la grande crise de septembre 2008. La page de présentation de l’ouvrage prophétise : « Le pire est à venir de la conjonction de cinq caractéristiques majeures de la globalisation : une machine inégalitaire qui mine les tissus sociaux et attise les tensions protectrices ; un chaudron qui brûle les ressources rares, encourage les politiques d’accaparement et accélère le réchauffement de la planète ; une machine à inonder le monde de liquidités et à encourager l’irresponsabilité bancaire ; un casino où s’expriment tous les excès du capitalisme financier ; une centrifugeuse qui peut faire exploser l’Europe 1 » Quant à Alan Greenspan, ancien patron de la Banque fédérale américaine, il reconnaît dans son livre Le Temps des turbulences 2, que la finance mondiale est devenue un bateau ivre, déconnecté des réalités productives.
[…]
  La crise des sociétés traditionnelles découle de l’occidentalisation qui tend à les désintégrer.
  La civilisation occidentale, qui produit les crises de la globalisation, est elle-même en crise. Les effets égoïstes de l’individualisme détruisent les anciennes solidarités. Un Mal-être psychique et moral s’installe au cœur du bien-être matériel. Les intoxications consuméristes des classes moyennes se développent tandis que se dégrade la situation des classes démunies et que s’aggravent les inégalités. La crise de la modernité occidentale rend dérisoires les solutions modernisatrices aux crises.
  La crise démographique s’amplifie par la conjonction de la surpopulation des pays pauvres, de la baisse de population de la plupart des pays riches et du développement des flux migratoires engendrés par la misère.

1. P ; Artus et M-P. Virard, Globalisation : le pire est à venir, La Découverte, 2008
2. Alan Greenspan, Le temps des turbulences, Lattès, 2007.


Voici un auteur qui n’a aucunement besoin d’être présenté : l’œuvre pléthorique d’Edgar MORIN parle largement pour lui : un chercheur, penseur et auteur atypique, doublé d’un intellectuel hors norme et propagateur de théories qui captivent l’attention et mobilisent l’opinion partout où il passe, et où ses œuvres sont publiées…
Ce petit extrait pris sur les 21ème et  22ème pages (qui présente d’une manière succincte et lucide le marasme qui frappe le monde — mondialisation oblige — à coups de crises à répétition touchant  tous les secteurs économiques) démontrent les capacités extraordinaires de ce chercheur émérite  et  prospecteur d’idées insatiable qui se nourrit de ses propres thèses pour mieux les servir à ses lecteurs et auditeurs à travers le monde) laissent deviner ce que 307 pages de cette dernière livraison ( de l’auteur) peut receler comme trésor d’informations et  de découvertes sur les ravages de la Mondialisation et les inepties de « la pensée unique » telle que véhiculée par l’Occident.

Voilà : ce sont « les lectures qui me passionnent »  pour le moment (entre autres). Les extraits sont peut-être longs, mais comment transmettre fidèlement « les pensées intimes » d’un auteur sans reproduire les passages qui les expriment le mieux ?
Ne trouvez-vous pas que les quatre extraits provenant d’œuvres qui n’ont rien en commun (sinon le talent remarquable de leur auteur) s’enchaînent parfaitement dans le contexte conjoncturel de notre pays (marqué par des débats religieux contradictoires et des crises économiques à répétition) tout en le positionnant dans un environnement plus global et universel (englué lui-même dans des crises sociétales, issues logiques de marasmes politiques et de frustrations populaires face aux défis ravageurs de la mondialisation...) 
C’est une caractéristique que notre pays se doit de préserver :
 UNE NATION OUVERTE SUR LE MONDE.

dimanche 26 juin 2011

LE MAROC EN TRANSHUMANCE

Ni la Monarchie, ni le Makhzen, ni les Initiateurs du Mouvement du 20 Février, ni encore moins leurs détracteurs avérés ne pouvaient soupçonner un seul instant que la clameur — qui était en gestation comme un fruit arrivé à maturité — qui a surgi spontanément, avec un tel retentissement, une telle vigueur, une telle harmonie dans la démarche et un tel audace… allait se muer au fil des semaines en un débat fécond, qui fait entrer le Maroc d’emblée dans une ère de liberté (de ton et d’opinions) peu coutumière au cours de sa longue histoire, et qui ressemble à s’y méprendre à ce qu’on appelle — avec un zeste d’emphase — la Démocratie !
Enfin, secouons-nous ! Nous ne rêvons pas ?! C’est bien au Maroc où un tel débat se produit ? Qui pourrait le prévoir il y a encore quelques mois ? Nous sommes en juin 2011, à quelques encablures à peine de la révolution du Jasmin!...
Il a suffit qu’un "coup d’étincelle" jaillisse d’une jeunesse conquérante par la « fraîcheur » de ses revendications (qui, comme par enchantement, ont « emballé » la majorité de la population) pour qu’enfin un Maroc nouveau émerge de sa décrépitude, pour devenir adulte, et assumer sans complexe, les différentes opinions qui s'expriment en son sein, avec un éventail de prises de positions qui donnent à penser que nous y sommes : les ingrédients d'une démocratie "participative" est à notre porte! ...J'exagère peut-être, mais quand on suit sur les réseaux sociaux ou à travers les médias (radio ou TV) l'éclosion des débats d'opinions "touche à tout" sans sujet "tabou", l'on se rend bien compte que nous entrons pas à pas dans une nouvelle ère! 

Combien de Jeunes Marocains (hommes et femmes) se sont découverts une nouvelle vocation de « débatteurs », de « propagateurs » d’idées, d’opinions, et se sont complus dans leurs nouveaux rôles avec assurance et panache, donnant à voir à des citoyens ahuris, une nouvelle génération de communicants, susceptibles de prendre demain les commandes de formations politiques « New Wave » et supplanter les partis « dinosaures » qui ont plombé le Maroc jusqu’ici, par leur jeu complice avec le Makhzen !

C'est ce qu'on appelle la génération "Internet"... née à travers la blogosphère ...A-t-elle assez d'ambition et de "souffle" pour nous "mener" loin...très loin!
Que ce soit à travers des articles de presse, de posts sur le web ou via les réseaux sociaux, une élite de « nouveaux adeptes de la Démocratie », incontestablement destinée à un avenir prometteur, pour peu qu’elle accepte de prendre ses responsabilités en s'impliquant résolument dans la vie politique... Une "génération spontanée" d'acteurs politiques en herbes, est en train d'éclore à petites doses, et pourrait insuffler dans le climat politique délétère (de ce Maroc qui nous tient tellement à cœur) une nouvelle vision plus hardie dans la gestion de la « chose publique »: par le renouvellement de la classe politique dirigeante actuelle (qui demeure une nécessité absolue pour entamer une nouvelle ère de gouvernance digne d'un Maroc en devenir...)  et par une refonte radicale de nos programmes télévisuels qui prendrait en compte les besoins de débats et d'informations fiables et toniques, capables de créer l'Evénement dans un Maroc "assommé" par tant de discours lénifiants, mettant en exergue le culte de la personnalité et l'abrutissement de la population...au lieu de veiller à l'éduquer et à l'élever au niveau de citoyens lucides et conscients de leurs responsabilités dans une société avide de changements...     
Car, ne nous méprenons pas : le projet de «Nouvelle constitution» sera voté massivement. Et quelles que soient nos opinions quant à sa conformité avec l’air du temps (une démocratie parlementaire), elle n’est pas une fin en soi : grâce à cette nouvelle élite politique en gestation, cette constitution accédera progressivement à des standards honorables, parallèlement à l’élévation des conditions de vie (socioculturelles et économiques) des citoyens.

Naturellement, cela implique l'engagement ferme et sans concession de cette "nouvelle race de penseurs réformateurs" nés sur les réseaux sociaux, et ayant initié un "langage patriote" digne de respect.
Mais en attendant, en tant que démocrates, acceptons la loi de la majorité, et attachons-nous (dès sa promulgation) à faire vivre au quotidien l’esprit novateur (au niveau des droits et libertés des citoyens) et d’ouverture (au niveau des séparations des pouvoirs) que propose cette Nouvelle Constitution. En stimulant, qui par ses interventions médiatiques, qui par ses proximités avec les ONG, la prise de conscience par les citoyens de l’inviolabilité de leurs droits et de leur liberté, et leur habilitation à les défendre coûte que coûte, nous aurons contribué tous à rendre opérationnelle et "vivante" cette Constitution (malgré son son petit "air d'inachevée")...dans ses principes d'ouverture et de modernité.
Soyons logiques : le problème majeur qui taraude l’esprit de la majorité de nos concitoyens n’est pas le contenu (crédible ou non) de la constitution, qui reste à leurs yeux un sujet de débat pour  intellectuels ! Leur souci, c’est comment améliorer leur « minimum vital » : avoir un emploi, disposer d'un logement décent et bénéficier de soins médicaux (pris en charge pour les plus démunis). Si, chemin faisant, leurs enfants peuvent recevoir un enseignement qui privilégie le "savoir" au "faire-semblant", et si en plus leurs dossiers judiciaires sont traités équitablement dans les tribunaux, ce sera le comble de leur bonheur, et la preuve indiscutable que la Nouvelle Constitution a introduit des « rayons de soleil » dans leur vie.
Et rendons-nous à cette évidence : sans le retentissement de « ces marches du Mouvement du 20 Février», nous n’aurions pas connu de débats ouverts, de liberté d’expression dans les médias (avec une attitude conciliante du Pouvoir), ni l’élaboration d’une Nouvelle Constitution et des Droits nouveaux en faveur du citoyen (protégés par la loi).
Avouons-le : même si le OUI l’emporte massivement (comme cela est prévu, mais avec quand-même au moins du 20% de NON ou abstentions, ce qui serait une Première au Maroc !), n’est-ce pas un motif de soulagement d’avoir gagné :
Ø  Une Nouvelle Constitution (ayant vocation à amélioration).
Ø  Une Nouvelle Jeunesse (plus concernée par le devenir du pays).
Ø  Une Nouvelle Élite (politique et intellectuelle issue de cette jeunesse).
Ø  Un Gouvernement que l'on souhaite plus responsable, parce que fruit d'élections libres   
Ø  Un Nouvel état d’esprit qui circule librement à travers tout le Maroc.
Ø  Une Nouvelle Conscience Politique qui sera au pied d’œuvre pour « faire vivre » les nouvelles lois organiques qui forment la trame de la Nouvelle Constitution (un vœux qui dépend de notre vigilance à tous).  
Ø  Un Pouvoir plus circonspect qu’il ne l’a jamais été jusqu’ici.

Ce Maroc en transhumance vers la démocratie, est le plus beau cadeau que notre génération (post indépendance) puisse recevoir, en guise de reconnaissance, de la part d’une Jeunesse intelligente, enthousiaste et Digne pour prendre la relève !

lundi 20 juin 2011

UNE PIÈCE NOMMÉE ILLUSION !

Le 3ème Acte de la Trilogie (qui est en train de se jouer au Maroc) tarde à se matérialiser à mon goût — par la voie d’un "manifeste" par exemple! —  alors que le dénouement de la « pièce » est sur le point d’aboutir…

Je veux parler évidemment de nos « intellectuels », aptes en d’autres temps à réagir avec véhémence sur des sujets (aussi divers que pertinents) de la société civile, mais qui restent muets aujourd'hui devant les lourds événements qui secouent le pays, et dont l'attitude énigmatique me laisse perplexe ...

Il faut dire que la « pièce » en question fut montée rondement! Et de quelle manière!

 Ø  D’abord, les jeunes initiateurs » du Mouvement du 20 Février, ont ouvert  la marche, en « jouant » leur «premier acte» avec beaucoup de panache et de civisme. La synthèse des motivations majeures de leur démarche était : la Dignité et la Justice sociale à réhabiliter, et le Despotisme du système Makhzénien à abolir !

C'est sain, juste et audible!

Ø  Par la fraîcheur du ton et la pertinence des demandes, ils ont réussi à « toucher » le Pouvoir qui s’est empressé de répondre (discours du 9 Mars) à son tour, avec de la pondération dans le ton mais la volonté « d’en finir au plus vite », et ce talent propre  aux illusionnistes (dont le pouvoir qui nous gouverne est passé maître) : donner l’impression qu’il a «une longueur d’avance» sur les revendications des « jeunes », à travers les réformes proposées dans le discours du 17 Juin.(On sentait bien la "main baladeuse" du clan makhzénien, dans ce 2ème acte). 

C'était Royal, Grandiloquent mais manquant de Panache quand-même!

Ce qui était censé nous satisfaire a finalement suscité en nous plutôt de la crispation, voire des interrogations suspicieuses…

o   Pourquoi le Roi n’a-t-il pas cédé à ses pulsions naturelles initiales (discours du 9 Mars) : un esprit démocrate, moderne et à l’écoute des citoyens ?  
o   Pourquoi faire semblant de « donner généreusement d’une main », pour plus loin, « reprendre lamentablement de l’autre » ?
o   Pourquoi ne pas voir avec sérénité l’Avenir qui se précipite à nos portes à grande vitesse : avec tous les changements de mentalité, de comportement, et les  courants novateurs qu’il véhicule !


Ø  EST-CE CE SYSTÈME MAKHZENIEN (QUE DÉNONCE AVEC VIRULENCE LA POPULATION DEPUIS DES SEMAINES) QUI CONTINUE D'INFLUER LES DÉCISIONS ROYALES ? EN L’EMPECHANT DE VOIR LA RÉALITÉ EN FACE ?

Ø  LUI QUI A TOUT LE POUVOIR EN MAINS, QU’ATTEND-T-IL POUR RÉVOQUER DÉFINITIVEMENT CE MAKHZEN ?

Ø  LE SOUVERAIN N’A-T-IL PAS ENCORE COMPRIS QUE C’EST LUI, OU LE MAKHZEN, MAIS PAS LES DEUX A LA FOIS ??

Ø  LA GARDE RAPPROCHÉE DU ROI VAUT-ELLE MIEUX QUE LE DÉVOUEMENT DU PEUPLE QUI ASPIRE A UNE ÉDUCATION, A UNE JUSTICE ET A UNE VIE DIGNE, EN SYMBIOSE AVEC UNE MONARCHIE COMPATISSANTE ET PROCHE DU PEUPLE? (AU LIEU DE LA CUPIDITÉ ET LE TRAFIC D’INFLUENCE PRATIQUÉS HONTEUSEMENT PAR CETTE MÊME GARDE RAPPROCHÉE, SUR LE DOS DU MONARQUE?).

C’est là qu’intervient un 3ème  Acte (désespérément muet) qu’aurait pu jouer l’Intelligentsia Marocaine…

Ø  C’est vrai que les Réformes proposées dans la Nouvelle Constitution (soumise à Référendum) induisent des avancés non négligeables dans le climat politique à venir. On peut même les qualifier d'historiques pour ce qui concerne les droits du citoyen: mais par rapport au néant auparavant!

Ø  Des voix se sont entendues un peu partout : chez les jeunes, les moins jeunes, dans les commerces, sur les terrasses de café, qui trouvent cependant à redire sur les réformes proposées dans le discours Royal. Mais qu'en pense la majorité silencieuse?...

Ø  D'ailleurs, son mutisme peut se comprendre : le discours était touffu, pas clair dans ses explications, débité d’une manière stressée et rapide, dans un langage sophistiqué et peu « audible » pour une majorité de citoyens.(Voici un Monarque qui peut tout se payer, mais qui n’a pas trouvé encore un « Expert en communication » moderne, capable de le conseiller utilement  à "communiquer" avec détente et maîtrise de soi !).

Ø  Mais le sentiment demeure qu’il y a tromperie « sur la marchandise »… quelque chose d’essentiel, de franc, de fédérateur manque dans cette Constitution « octroyée » (comme la précédente).

Ø  Alors qu’attendez-vous Abdellatif LAABI, Omar BALAFREJ, Youssef BELAL et consorts : vous êtes des centaines d’intellectuels dont le Maroc est fier de compter parmi ses illustres citoyens (Universitaires, écrivains, juristes, médecins, ingénieurs, élite silencieuse mais qui n’en pense pas moins…)

Ø  Ne laissez pas de jeunes « romantiques révolutionnaires » (après avoir « bien » lancé le débat, et ayant pris goût aux spectacles de rue) occulter les vraies revendications qui mettront définitivement  le Maroc sur la voie d’une démocratie authentique (avec des garde-fous qui la protégeraient des dérapages) sans fanatisme ni extrémisme, ni surtout angélisme!

Ø  Vous qui savez manier «la plume» et aiguiser les arguments, qu’attendez vous de prendre l’initiative (et parler aux noms de tous les Marocains) en adressant un « Manifeste » au Palais Royal, qui exprimera sereinement mais posément au Pouvoir, les manquements graves constatés dans le « projet proposé »,(en particulier la place réservée aux jeunes, grâce à qui ces réformes ont pu voir le jour!), et les contradictions inqualifiables qui traversent en filigrane la Nouvelle constitution de bout en bout (faisant des ouvertures par endroits, et des impasses par d'autres, notamment dans les articles relatifs à la répartition des pouvoirs).

  (Comme un avant-goût de cette « démocratie » de pacotille annoncée, aucune voix discordante n’était admise sur les studios de TV ou de radios de l’Etat pour exprimer librement des opinions contrastées avec la « béatitude » générale affichée par les vagues successives d’invités, tous acquis à la Volonté de Sa Majesté !)

Ø  Alors vous qui maîtrisez le Verbe, donnez aux Marocains une raison de croire en un Maroc meilleur, et grâce à vos talents de visionnaires, impliquez la Monarchie dans cette marche pour "l'émergence" d'un Maroc nouveau. Manifestez votre volonté à participer à ce mouvement d’éveil national !


Osez à votre tour (après tout c’est votre rôle): pensez au fameux « J’Accuse » qui a défrayé la chronique de l'époque (c'est vrai, la France n'est pas le Maroc!), et faites —  par des arguments imparables dont vous êtes les seuls à savoir produire quand il le faut, là où il le faut ! —  avancer le « schmilblick »… en obtenant du Monarque les changements nécessaires (que le peuple attendait depuis son indépendance) pour faire de cette Nouvelle Constitution une véritable panacée ! Utilisez les réseaux sociaux et demandez le ralliement (par  internet) des citoyens amoureux de leur Pays : vous en recevrez des milliers,voire des millions !

Le temps presse : agissez rapidement, il y va de la Dignité des Marocain… et de la pérennité de la Monarchie !

lundi 6 juin 2011

JE PERSISTE ET SIGNE !

Je n’aime pas donner l’impression de vouloir dédouaner le "makhzen" face à ses débordements méprisables, ni de donner à penser que je suis pour un camp au détriment d’un autre ! Cependant,  je persiste et signe : je suis pour l’évolution démocratique du Pays dans la sérénité ; et je dénonce  la manipulation, « la provoc » et le recours au chaos !










  •   Personne ne peut contester aujourd’hui les retombées bénéfiques du Mouvement du 20 Février sur le moral des Marocains: comme si miraculeusement, ils venaient d’être déclarés « guéris » tous ensemble, d’une longue maladie (après les affres douloureuses qu’ils auraient subies en silence, depuis si longtemps)…
  •  Personne ne peut nier la maturité et le civisme qui se sont emparés du Mouvement dès les premières heures de sa naissance, ni le respect et le crédit qu’il a suscités dans l’opinion, à ses débuts…
















·    Personne ne met en doute l’authenticité et la pertinence des initiateurs du Mouvement, ni la teneur ferme (malgré sa modération) et digne de leurs revendications qui ont immédiatement enflammé une jeunesse en perte d’espoir et de confiance en un "système" qui les a trop longtemps ignorés…


·    Personne ne croit un seul instant que ce Mouvement était « manipulé » dès l’origine. Mais force est de constater aujourd’hui qu’il s’est fait « piéger » (infiltré ?) par des « dogmatiques » extrémistes en mal de reconnaissance, au moment où le débat démocratique touchait à sa fin. (Et les Islamistes ne sont que la partie visible de l’iceberg) …











Ø  Et pourtant : Comment peut- on imaginer qu’un Mouvement né dans un esprit « bon enfant », avec sa fraîcheur, sa spontanéité et son enthousiasme, adoptant dès le début une posture civique et pacifique, se soit transformé au fil des marches en une opposition radicale et vindicative, n’hésitant pas à utiliser les méthodes déjà éprouvées (par les « râleurs de tout bord », et «les rien-à-perdre »): à savoir l’amalgame et la provocation !
Ø  Comment peut-on lancer  un tel débat public, qui se veut démocratique, dans le pays tout entier, sans être préparé moralement (esprit serein, sujets d'actualité, argumentaire pertinent), pour susciter l’écoute et la sympathie du pouvoir? (lequel a d'ailleurs répondu presque simultanément --mais partiellement-- à certaines revendications, considérées par lui comme légitimes).

Et retournement malheureux de la situation, voilà que le Mouvement initiateur de dialogue social, tombe, par ses excès, dans le piège de la contestation permanente, avec des slogans « touche-à-tout » qui n’ont rien à voir avec la démocratie et la justice sociale, thèmes récurrents, innocents et fédérateurs véhiculés à ses débuts).

Ø  Comment en est-on arrivé là ? Avec comme conséquences les bastonnades, les arrestations et « mort d’homme » ?












Evidemment, nous sommes tous d’accord sur le fait que nous traînons derrière nous un « boulet très lourd » à nos pieds qui est : le Makhzen ! Un système de gouvernance insipide qui s’est incrusté dans les rouages de l’Etat depuis des lustres, mais qui s’est renforcé sous la férule du défunt Roi Hassan II (qui lui a donné ses lettres de noblesse !) pour écarter toute velléité d’opposition à son règne (de Monarchie absolue !) et maintenir « ses sujets » dans la dépendance et la soumission à jamais !
Seulement voilà : le règne de feu HassanII est derrière nous et bel et bien terminé !
Et je reste totalement convaincu que l’ère de Mohammed VI n’a rien à voir avec ce passé sombre et pesant par ses excès.
·    Bien sûr, certaines habitudes ont la vie dure !
·    Bien sûr, un nouveau visage du Makhzen s’est  installé en lieu et  place de l’autre : plus jeune, plus souriant, moins visible mais plus perfide !
·    Bien sûr, la « Cour rapprochée du Roi » existe toujours : elle aussi plus jeune, plus souriante, mais dont les appétits du pouvoir (politique et économique) sont évidents mais en demi-teinte (pour ne pas porter de l’ombre au règne populaire du jeune Souverain) dans un Maroc où le Gouvernement officiel fait figure de « pions » sur un damier, manipulables et déplaçables selon le bon plaisir du « Prince » ou de ses affidés !
·    Bien sûr, les stigmates de pauvreté se creusent  lamentablement et donnent le sentiment d’un Maroc qui évolue à 2 vitesses ! Ou à reculons!









Mais regardez autour de vous et soyez francs : à quelques exceptions près, (les Pays Nordiques et le Royaume-Uni) citez-moi un pays (ou deux) où ces mêmes caractéristiques de dérapages du pouvoir n’existent pas ! Pour ne prendre que l’exemple de la France (plus proche de nous), à quoi ressemble le pouvoir de Sarkozy aujourd’hui ? Et la situation économique d’une grande majorité de Français en province ?
Non, non, non ! Ne vous méprenez pas sur ce que je dis : la République Française et le Royaume du Maroc n’ont rien en commun, et un abîme énorme les sépare sur plusieurs registres! C’est juste un exemple sur « l’imperfection » du monde, malgré toute notre bonne volonté à y remédier!
Tout ceci pour dire que l’avènement du règne de Mohammed VI a transformé lentement et graduellement mais sûrement le visage du Maroc. Et voici les domaines où ces transformations sont visibles et incontestables :
Ø  Les droits de la Femme sont réaffirmés, améliorés et protégés par la loi.

Ø  Des budgets colossaux sont consacrés à la lutte contre la pauvreté en milieu rural, et l’habitat insalubre (leur éradication prendra du temps et coûtera encore plus cher à l’Etat) : ce sont les fameuses Initiatives Nationales pour le Développement Humain. Et voici que le Pouvoir vient d’annoncer une rallonge de 17 MDS de DH à ce même Projet d’œuvres humanitaires et de dignité publique ! (Jamais sous Hassan II de pareils fonds n’ont été débloqués pour soutenir les mêmes œuvres, touchant les mêmes populations).

Ø  De gros travaux d’infrastructures sont engagés pour améliorer la communication, l’échange et le commerce avec le monde extérieur (autoroutes, ports et aéroports).Créant par la même occasion des milliers d’emplois pour endiguer le chômage chronique qui affecte le Pays.







       




Ø  Les infrastructures touristiques se multiplient (et concernent toutes les régions du Maroc) à la cadence des arrivages de touristes (de plus en plus importants ces dernières années), malheureusement freinés par les récents événements de Marrakech. (Et que l’on ne vienne pas me « contredire » avec les « dommages collatéraux » qui accompagnent cet engouement touristique pour "l’exotisme à la marocaine" ! J’admets qu’il peut avoir parfois des côtés pervers !).










Ø  La multiplication des ONG dont l’objectif principal est la défense du Droit (les droits de l’homme, de la femme et de l’enfant) et l’incitation à l’éveil d’une conscience collective à même de permettre aux citoyens de se prendre en mains en toute connaissance de leurs droits (et sans compter sur « l’état providence »).






 





Ø   Une politique culturelle plus dynamique et plus proche du citoyen (éclosions de festivals dans toutes les villes du Royaume, avec une préférence particulière accordée à la musique (dans toutes ses expressions...Dommage que le théâtre ne bénéficie pas du même support!).






    

      
     

Ø  Enfin, last but not least, la presse jouit d’une certaine liberté, en tout cas beaucoup mieux que sous feu Hassan II. (Ne faites pas de grimaces moqueuses : je suis au courant des bavures inqualifiables dont ont été – et le sont encore — certains journalistes). Le Maroc est–il le seul dans ce cas ?

Que faut-il ajouter à ce tableau (qui n’est pas exhaustif, parce qu’il ne concerne que des signes visibles), pour que ce portrait du Maroc Nouveau soit complet et prépare à une véritable transition vers une Démocratie apaisée ?
·    Qu’une Nouvelle Constitution soit plébiscitée par le peuple!!!

·    Qu’une refonte systématique de la représentation partisane au Maroc soit engagée dans les plus brefs délais (des congrès d’exception doivent s’organiser dans toutes les formations politiques pour désigner de nouveaux leaders, de préférence jeunes et de niveau universitaire et épris de démocratie). Et ceci avant la consultation par référendum sur la Nouvelle Constitution.

·    Que la nouvelle loi électorale (issue de la nouvelle constitution en préparation) doit faire l’objet d’une large diffusion et communication (dirigées vers les citoyens) pour leur permettre d’aborder les élections dans un climat sain et transparent.

Et pour s’assurer que l’assimilation par les citoyens de toutes les réformes engagées (à la suite de l’adoption de la Nouvelle Constitution) est réelle, les élections législatives ne doivent avoir lieu que vers le début de l’année 2012 (au lieu de juillet/août comme présumé).C’est plus prudent compte-tenu des lourds préparatifs nécessaires avant les consultations.

Et que peut-on attendre finalement de de toutes ces Réformes ?

Qu’enfin, une Monarchie agréée par le peuple en toute indépendance, installée dans sa version améliorée de Monarchie Constitutionnelle et Démocratique (qui règne mais qui ne gouverne pas!). 
Que le Roi continue de jouir de son titre de « Amir El Mouminine » (mais à titre religieux exclusivement), sans aucune intrusion dans la vie politique du Pays qui lui, est dirigé par un Gouvernement laïc, issu des urnes.

Ø  que ce nouveau « rôle » de la Monarchie Marocaine, qui aura la charge de représenter l’Unité Nationale, de sauvegarder les fondamentaux religieux et constitutionnels du Pays, de défendre la pérennité de ses institutions politiques par son rôle d’arbitre suprême en cas de crise majeure (crise politique interne ou conflits armés), cumulera la fonction de Chef Suprême des Forces Armées Royales, qu’elle exercera en coordination avec le Premier Ministre, seul habilité à « déclarer la guerre » (en cas de conflit avec un pays ennemi), ou proclamer l’Etat d’Urgence.

Naturellement on n’en est pas encore là, et il nous faudra du temps pour parfaire ce que nous avons tout juste commencé à entamer à petites doses... Je suis adepte en ce moment  de la morale de cette fable de La Fontaine « Le lièvre et la tortue »…que le dicton Italien résume parfaitement «Chi va piano va sano » : (qui va lentement, va sûrement). 






        


En fin de compte, les Propositions des citoyens (de toutes tendances) sont maintenant entre les mains du Roi.
Attendons de voir de quelles interprétations elles vont bénéficier en Haut Lieu, et quelles suites le Pouvoir a daigné leur accorder, pour moduler notre réaction en fonction des résultats (probants ou non) obtenus.
A ce stade de la réflexion, le Souverain devrait prendre les mesures urgentes suivantes pour rehausser son image dans l’opinion :
1.   Donner congé à cette « Cour vénale » qui l’entoure, plus préoccupée à « pomper » les richesses du Pays, et à propager la corruption partout où « elle » met la main !

2.   Se désengager progressivement de certains mégapoles économico-financiers, laborieusement montés par son secrétaire particulier Mounir Majidi (pour s’attirer Ses Grâces !) pour se dédouaner moralement auprès de l’opinion publique, encore sous le choc, après la honteuse découverte des fortunes spoliées et cachées par les Présidents déchus Ben Ali et Moubarak (en flagrant contraste avec le dénuement total de leurs citoyens respectifs!).

3.   Mettre tout son poids dans la mise en œuvre réelle et effective d’une véritable Réforme  Judiciaire Totale. En demandant au besoin l’assistance de l’Union Européenne (et l'expertise de leurs magistrats).

4.   Redonner aux médias la liberté d’expression (sans exclusive ni sujets tabous) dont ils avaient bénéficié au début de son règne ; rétablir la confiance parmi la presse écrite (malmenée ces derniers temps par les services de sécurité et l’appareil judiciaire), et accorder de temps en temps quelques interviews à la presse nationale, pour créer un climat de respect et de proximité mutuels, susceptible de résorber certaines dérives de « curiosité » malsaine (autour de sa personne).

5.   Enfin, envisager quelques retouches substantielles dans le Code Protocolaire en cours, et notamment la suppression définitive du « baisemain » et le remplacement de la prosternation face au Roi par l’inclinaison de la tête (on ne se prosterne que devant Dieu!). Cela semble modeste comme changements, mais l’image digne que cela renvoie est incontestable!
  
Mais que valent toutes ces mesures prises par le Souverain à l’intérieur, si à l’extérieur du Pays, Son Image est à ce point écorné, et pas par n’importe qui !
Ecoutons ce que nous dit Larry Diamond, professeur à l’Université de Stanford :

« Le Roi du Maroc, Mohammed VI est toujours vénéré dans son pays et considéré comme un réformateur à l’étranger, mais il est encore plus faible et plus incompétent que Abdullah (Roi de Jordanie). Il n’a montré aucune volonté pour maitriser les intérêts vénaux qui entourent la Monarchie, ou de réduire l’extraordinaire concentration des richesses dans son pays. Au lieu de cela, son appareil sécuritaire, son cercle restreint d’amis, et les mieux oligopolistiques des affaires qui lui sont proches, bloquent les demandes de réformes, isolant plus le Roi, et aggravant la tempête qui se prépare sous une surface de calme apparent ».
(Article paru dans la prestigieuse revue « Foreign Affairs », et dont ce succinct extrait est traduit ar Lakome.)







C’est une analyse on ne peut plus claire (teintée d’une critique sévère), faite par un  Américain sur un Roi sensé être le plus proche Ami des Etats-Unis…
N’est-il pas temps pour le Monarque maintenant de prendre un peu de recule par rapport à tout ces événements qui turlupinent le Monde, de se donner un moment de réflexion et venir vers le peuple pour lui annoncer sa résolution à  modifier un tant soit peu Son Rapport au Pouvoir, à la Politique, à l'argent et à l’Amitié (existe-t-elle vraiment dans les arcanes du pouvoir ?). Après tout, c’est Lui qui tient toutes les cartes en mains.
Ce ne sont plus les citoyens marocains qui le jugent mais ce sont ses Amis à l’étranger qui le critiquent ! C’est l’heure de faire un bilan et de changer de cap! Nous serons tous là pour le soutenir de tout cœur ! A condition qu’Il se monte Digne de notre Dévouement !