A L'OMBRE DE TAHA HUSSEIN

UN CITOYEN QUI S'INTERESSE A LA MARCHE DU SIECLE

lundi 4 avril 2011

LES RÉFORMES : OUI - LA RÉVOLUTION : NON !

Deux dates sont à inscrire en lettres d’or, dans les pages d’histoire toute récente du Maroc moderne, sous la houlette de Mohammed VI :

 Le 20 Février 2011
 Le 9 Mars 2011

 

Que s’est-il passé donc de si important pendant ces deux dates (somme toute très rapprochées) pour mériter l’apanage de l’Histoire ?

 D’une part, le sursaut d’une Jeunesse trop longtemps endormie —marginalisée dirons-nous — oubliée, déculturée, et pour tout dire diabolisée par un système (le Makhzen cher à Hassan II) qui voit derrière chaque jeune l’ombre d’un rebelle en herbe !

 
Ce réveil grandiose par son étendue et sa spontanéité, la jeunesse le doit surtout à sa maturité — qui en a surpris plus d’un ! — sa détermination (quelle énergie et quelle leçon de courage!) et surtout à son « ras-le-bol », vécu comme la souffrance d’une génération de « sacrifiés » ,sur l’autel des espoirs déçus de l’après Hassan II !

Que de désillusions de cette même jeunesse depuis la relève de Mohammed VI !

C’est sur ce terreau que s’est construit " le Mouvement du 20 Février 2011"!

 A ce réveil très digne par sa modération (comparé aux révoltes en Tunisie et en Égypte avant lui) a répondu d’autre part, presqu’en écho, le Discours Royal du 9 Mars 2011, mesuré, et annonçant dans la foulée de multiples réformes.


Quelle belle différence avec l'ère Hassaniènne!

Que ce discours ait répondu peu ou prou aux revendications « sonores » de cette Jeunesse (soudainement acquise à la "chose" politique et à son corollaire, les revendications), n’est pas le problème !

Le signal fort qui a frappé les observateurs c’est la modération du ton dans la "riposte" du Palais et sa propension à faire siennes les demandes de changement formulées par les manifestants. Cette attitude citoyenne du Monarque (pour qui en outre ces mouvements de foules sont peu habituels sinon rares sous son règne) traduit une pondération et un "sang froid" que feu son père,orgueilleux et implacable, a rarement manifestés. Cette rapidité non feinte dans la réaction du Souverain, dénote pour moi, une réflexion déjà entamée chez lui (et peut-être bien avant les prémices du Printemps Arabe, mais que celui-ci a hâté l'annonce) pour engager le pays dans un processus de démocratisation plus significatif, basé sur un mode de gouvernance où le partage des pouvoirs (législatif et exécutif) est effectif et juste, c’est-à-dire plus démocratique dans le fond et pas seulement dans la forme !

Exigence devenue récurrente et contraignante dans les entretiens engagés avec les pays alliés avec le Royaume.

D’où la kyrielle de réformes annoncées, touchant presque toutes les structures de l’Etat, et n’épargnant que « la légitimité Monarchique » du Régime et « l’Imarat Al-Mouminine ».

A ce niveau des évènements, le Maroc semble prendre ses distances vis-à-vis des révolutions arabes qui essaiment un peu partout autour de la Méditerranée. Et c’est peut-être là la première constatation qui s’impose à notre réflexion depuis cet emballement (bénéfique) du « printemps arabe » : Le Maroc constitue bien un « cas spécifique » dans le monde arabe !

  
 

J’ai déjà évoqué dans un post précédent ce qui détermine à mes yeux la spécificité du Régime Marocain. Donc je ne veux pas me répéter en m’étalant encore sur le sujet. Par contre, je considère, dans le prolongement de cette « spécificité », que notre Régime est plus à même de « produire » des Réformes (inédites dans le monde Arabe) que des Révolutions! Et pour cause :

 Le Discours royal a créé un climat d’apaisement et de confiance, propice aux débats les plus féconds pour doter le pays d’institutions dignes des aspirations du citoyen marocain, telles que exprimées dans les manifestations déroulées un peu partout dans le pays.

 C'est le fond même du discours Royal, qui exhorte tous les Marocains (politiques, syndicats, intellectuels, ONG, étudiants, professions libérales etc…) à participer à ces mêmes débats, dont l’objet principal est de proposer les Réformes que les citoyens (de tout bord) jugeraient nécessaires à l’aboutissement démocratique de nos institutions. Quel bel exemple de patriotisme et de sérénité de la part d'un Monarque!

 A-t-on vu un seul Chef d’Etat Arabe (dans les pays actuellement en ébullition pour réclamer des réformes démocratiques) agir de la sorte ?!

 C’est-à-dire proposer de vastes réformes au pays, et demander aux citoyens d’apporter leurs concours (en suggestions et méthodologie) pour la mise en œuvre de ces réformes, ou mieux encore, les modifier, les améliorer ou en formuler d’autres ?!

Évidemment non !

Aucun chef d’Etat Arabe n’a la même légitimité dont jouit Mohammed VI pour pouvoir agir sur les événements, dans la sérénité requise, en prenant le risque d’associer les opinions vives de la Nation à l’élaboration de ce qui va devenir les nouvelles lois fondamentales de nos institutions, dans le Maroc Moderne que nous aimons! En tout cas, c’est le sens à mon avis de son appel à la nation (discours du 9 Mars). Le Palais, par son offre, a fait la moitié du chemin vers la Démocratie ; à notre tour nous citoyens, d’emboiter le pas et d’accomplir l’autre moitié du chemin qui reste à faire ! En proposant de véritables Réformes, à la hauteur des espérances de nos concitoyens, et non des « courbettes » viles et lénifiantes au Régime ! La balle est dans notre camp ! Et si, par excès d'optimisme, "la montagne accouche d'une souri", alors on "rejoue la partie!". Tout simplement!

A ce propos, il semblerait que nos partis politiques, hypocrites et séniles, sont condamnés à l'indignité et à la servilité : la rumeur dit que leurs propositions aux Réformes auraient été en dessous de la "barre Royale"!: tous les partis représentés au Parlement (et à leur tête l'Istiqlal et l'USFP) auraient accouru au Palais pour supplier le Monarque de "modérer ses appétences" au changement!

Qui l'aurait cru!!  (Peut-être finalement, c'est dans ce rôle où ils excellent le mieux, et comme le Souverain les connaît si bien, leur perfidie n'aura pas de prise sur lui, et il les ignorera!). Souhaitons-le...Encore faut-il que la Volonté Royale pour le Changement soit bien ancrée en lui! Ce que l'histoire nous dira...

 Et par ailleurs, pourquoi le Maroc s’attribue-t-il ce privilège de spécificité?

D’abord, (faut-il le rappeler) le Régime marocain est une Monarchie dynastique qui tire sa légitimité sur plus que 4 siècles d’histoire.

Ensuite, parce que tous les Régimes Arabes actuels sont issus de Coups d’Etat (militaires ou civils), et leurs dirigeants (installés au pouvoir depuis des décennies) n’ont aucune légitimité populaire !

 Ils ont usurpé le Pouvoir (et les privilèges qui vont avec) et ne tolèrent aucune contestation d’aucune sorte (regardez les chaînes de TV, et appréciez les scènes de violences extrêmes qui agitent bon nombre des pays arabes, pour ne pas dire tous !)

Maintenant, pour que cette spécificité marocaine ait un sens et soit reconnue en tant que telle, que pouvons-nous proposer « à la main tendue du Palais » (puisqu’il réclame notre contribution aux débats) ?

A mon avis, il faut commencer par le commencement, et à ce titre trois domaines doivent bénéficier de notre attention toute particulière et prioritaire :

1. La Constitution et sa Réforme intégrale (faire table rase de l'ancienne).

2. Le code de justice, et sa refonte (certains de ses articles datent du Protectorat et portent encore ses stigmates !).

3. L’Education Nationale et sa réhabilitation dans l’opinion publique.

Trois commissions d’experts doivent se pencher sur ces dossiers le plus rapidement possible pour être en mesure de présenter des propositions adéquates à leur sujet d’ici fin Juin.

Mais auparavant, il faut pour le Souverain (puisque c’est encore son rôle) de mettre fin aux fonctions du Premier Ministre et de son Gouvernement, et désigner à leur place une équipe restreinte de technocrates, en mesure de gérer les dossiers courants jusqu’àux prochaines élections, ainsi que le déferlement de réformes qui va surgir après Juin, consécutif aux conclusions sur les débats organisés un peu partout dans le Royaume. Il appartiendra à cette équipe de fixer la date du Référendum sur la nouvelle Constitution du Royaume, et d’annoncer les réformes relatives aux nouvelles lois électorales...

Dans la foulé, la 2ème chambre (des conseillers) doit être dissoute (par décision Royale).

Toujours dans le but de donner un signal fort aux citoyens marocains, et pour annoncer qu’une nouvelle ère a bien commencé, le Roi doit dissoudre également le PAM, ainsi que tout parti ayant moins de 1000 adhérants permanents (le registre des partis déposé au Ministère de l’Intérieur faisant foi), et n’ayant pas une couverture nationale avérée (au moins dans les six grandes villes du Royaume). La pluralité c'est bon, la pléthore : non!

Les figures de proue du Makhzen marocain (Ali El Himma, Mounir El Majidi, et dans un autre registre Laânigri) doivent « rendre leur tablier » et disparaître de la scène.

 
Et enfin, pour clore cette série de mesures Royales symboliques, pourquoi ne pas soustraire l'Administration publique, l'économie marocaine, et les fédérations sportives de la "pieuvre" Fassi Fihri? Cette famille, aussi vénérable soit-elle, en essayant d'étendre sa toile sur tout l'espace Marocain, s'est rendue coupable de cupidité, et a dépossédé un certain nombre de cadres d'une chance à l'emploi! Et peut-être à une carrière! Il est inadmissible en plus qu'indécent qu'une seule famille puisse régner ostentatoirement sur de vastes pans de l'administration publique et de l'économie nationale, sans gêne et sans scrupules! Si cette main-mise sur " la toile" administrative de l'Etat était due au mérite exclusivement, il n'y aurait rien à dire. Mais nous savons tous que "le copinage" et "le parachutage" sont les piliers du système "makhzénien"! Alors mettons fin à ces pratiques et commençons par réduire l'influence (pour ne pas dire l'hégémonie) de cette famille sur notre Administration, et donnons leur chance à d'autres citoyens marocains dignes de confiance!

  



Par ces seules initiatives prises par Mohammed VI, (et sans préjuger déjà des résultats des débats en cours) l’opinion publique réalisera que le train de Réformes décidées (et élaborées grâce à la contribution efficiente des citoyens) aboutira au final à des résultats probants.

Et qu’il n’y a plus lieu de douter de la parfaite symbiose qui lie le peuple à la Monarchie…finalement en phase avec le peuple, comme il le souhaite !

Naturellement, d’autres dispositions pourraient être prises par le Monarque, mais donnons la parole aux citoyens, et laissons-les produire, grâce à leurs débats productifs, les réformes fondamentales qui s'imposent à notre système de gouvernance; sinon des voix s’élèveraient pour reprocher à M6 de décider tout seul, dans sa Tour d’Ivoire!

Et d’ailleurs, ce mouvement de Réformes annoncées n'est pas une fin en soi: d'autres changements, voire même des améliorations dans le vécu quotidien des citoyens (trop longtemps attendus) pourraient voir le jour rapidement, parce que "l'air du temps" chargé d'optimisme y contribue!

Alors, moi qui ai toujours admiré (et porté aux nues le système démocratique à la suédoise!) je reconnais que nous en sommes encore trop loin, mais optimiste jusqu'au "ridicule!" (je ne m'en cache pas) je me dis que nous empruntons le bon chemin, et que nous y arriverons un jour !

La question est : sommes-nous prêts à sacrifier nos "petits privilèges" dérisoires face aux difficiles et nécessaires réformes pour asseoir une véritable démocratie, qui profitera à tout le monde? En somme, une Démocratie Authentique, accompagné d'un Développement Economique (qui intègre toutes les Classes Sociales), et une Justice Citoyenne (qui, telle l'épée de Damoclès), s'applique avec rigueur selon les textes de loi...sans népotisme!

Et un système social égalitaire qui donne ses chances à tous sans discrimination, basé sur le seul critère de la méritocratie...

Dieu! Que nous en sommes loin!!! Mais le rêve est permis!


2 commentaires:

  1. Je ne suis pas d'accord avec ce constat. La situation politique et économique du Maroc ne se différencie pas tant que ça de celle d'autres pays arabes, y compris certains ayant connu une révolution. Il y a une différence de taille, certes, la popularité personnelle du chef de l'Etat, ce qui change beaucoup de choses. Je suis pas du tout optimiste: les Fassi Fihri, Majidi et cie ne sont que des symptomes, pas la cause de la maladie du népotisme et de la mauvaise gouvernance. Rien de fondamental changera après la révision constitutionnelle, du moins à en juger au jour d'aujourd'hui.

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  2. J'ai comme principe de prendre les "annonces officielles" pour ce qu'elles sont: une porte ouverte pour le débat. Et je pars d'un autre principe,celui de considérer que M6 n'est pas HassanII, et que par conséquent tout reste possible! Encore une fois, une "main est tendue", prenons la et engageons un dialogue: ou il réussit et c'est tant mieux; ou il échoue et dans ce cas reprenons le combat...C'est comme le dit si bien une citation arabe: suivre le menteur jusqu'au seuil de sa porte!

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