A L'OMBRE DE TAHA HUSSEIN

UN CITOYEN QUI S'INTERESSE A LA MARCHE DU SIECLE

mardi 1 novembre 2011

SIDI BOUZID…PLACE TAHRIR…BENGHAZI…ÉMANCIPATIONS OU SUPERCHERIES ?

Þ  Les résultats officiels annoncés, relatifs aux dernières élections tunisiennes pour la désignation d’une Assemblée constituante, nous donnent ce sentiment, à nous observateurs étrangers de la scène politique tunisienne, d’avoir été « floués » par cette issue inattendue du scrutin : le retour en force du parti islamiste ENNAHDA, après son éviction de la scène politique nationale sous la dictature de Zine El Abidine BEN ALI…

Mais floués pourquoi ?

Parce que nous avons suivi avec nos cœurs la Révolution du "Jasmin" et nous attendions son dénouement avec un immense espoir... 

Seulement voilà, la montagne a accouché d’une souris !

Le plus surprenant (plus encore que ce retour inimaginable d’un parti considéré comme moribond) c’est la participation massive (90% de votants) — et pour la première fois depuis très longtemps — libre et déterminée de la population tunisienne à ce scrutin.

D’où cette exclamation spontanée sur nos lèvres :

TOUT ÇA POUR ÇA ?

Þ  Et puis dans la foulée, voici la Libye qui avance à "visage découvert" : le CNT Libyen — revigoré depuis l’assassinat du dictateur Kadhafi — annonce, dans sa première déclaration officielle à la Nation, avec un ton péremptoire, l’application de la CHARIA comme loi suprême du pays, mesure préliminaire, censée donner une indication — aux insurgés — de l’orientation politique adoptée par la nouvelle équipe dirigeante. 
Comme si c’était une urgence de premier ordre à entreprendre, dans un pays ravagé par la guerre et meurtri par ses conséquences douloureuses…

Un marché de dupes en somme, entre l’Otan (qui a supervisé l'intervention militaire étrangère) et le CNT (un Comité National de Transition) qui trébuche dès sa première sortie!.

D’où cette impression diffuse que l’on s’est tous fait berner (encore!) par ce satané CNT (à l’apparence si sympathique!)

Berné, parce qu’il fallait choisir (dans l’urgence) entre « Le Diable et le Bon Dieu » !

Sauf que la question demeure : où est le Bon Dieu dans tout cela ?

QUELLE DÉSILLUSION !

(Aux dernières nouvelles, le Premier Ministre désigné Abdel Rahim Al-Kib, est un réformateur « bon teint », professeur universitaire de surcroît ! Croisons nos doigts et souhaitons alors bonne chance à nos frères Libyens !).

Þ  Et (l'Egypte n'est pas en reste) toujours dans la même veine, nous voici devant le flou opaque qui entoure les intentions du Conseil Militaire égyptien qui dirige de mains de fer un pays qui ne sait plus s’il faut rire ou pleurer pour ce qu’il lui arrive… (après son immense courage d'avoir destitué son dictateur de Président, MOUBARAK !).

 Avec les tergiversations, les maladresses et les violences dont font preuve les militaires (dans la gestion des affaires du pays) et dont les moins  pardonnables ont visé récemment les COPTES (minorité religieuse ancestrale dans le pays, de même légitimité que les MUSULMANS), l’on est en droit de s’indigner :

QUELLE LÂCHETÉ de la part des Intellectuels égyptiens (pourtant très nombreux) à avoir « assumé » ces dérapages inqualifiables, par leur SILENCE ET LEUR EFFACEMENT DE LA SCÈNE POLITIQUE (au moment où le pays en a le plus besoin) !

C’EST DONC CELA LE PRINTEMPS ARABE ?!

Et puis en y réfléchissant plus globalement, on se prend à penser : ET SI DEMAIN LE MAROC EST CONFRONTE AUX MÊMES SOUBRESAUTS MENANT AUX MÊMES DÉRIVES ?

Comme notre solidarité naturelle et inconditionnelle (avec nos frères de combat pour la démocratie), nous interdit de verser dans des déductions simplistes ou dédaigneuses, nous tentons de comprendre les « attitudes » qui paraissent à première vue " étranges" mais qui, après analyse, semblent aller de source... ou presque…
Ø  Voyons le cas de la Tunisie : d’abord une constatation s’impose qui vaut son pesant d’or : le peuple a voté (en toute liberté) et a choisi (en connaissance de cause), et ce choix est indiscutable et légitime : c’est cela la démocratie !

SAUF QUE… 

·    On se rappelle, à quelques jours des élections, le déchaînement de la foule dans les rues de Tunis, pour protester et hurler sa colère contre la projection du film « Persépolis » de l’Iranienne Marjane SATRAPI (film de dessins animés, produit par la France), où, dans une séquence, Dieu apparaît dans une sorte de « fantôme drapé de blanc » accueillant un enfant au Paradis ! Je suppose que les Musulmans, qu’ils soient traditionalistes ou modernistes, ont tous considéré ce film blasphématoire, tout autant que les précédentes et indignes « Caricatures du Prophète » (d’il y a quelques années). Sauf que les Musulmans ont tort de considérer Dieu comme leur propriété exclusive! Dieu est le même pour les trois Religions Livresques. Mais pris dans la tourmente et le désespoir devant l'incurie du pouvoir, ils oublient de "raisonner" et considèrent ce genre de manifestations artistiques comme « un harcèlement diabolique » contre l’Islam ! Qu’ils ne sont pas prêts dorénavant de tolérer ! Ce qui pourrait expliquer leur soutien massif à ENNAHDA, par lequel ils veulent, contre vents et marées, affirmer la primauté de leur identité religieuse sur leur choix politique... Une façon de dire qu’ils sont Musulmans d’abord avant d’être Démocrates! Qui peut le leur reprocher dans le profond désarroi où ils se trouvent?

L’on souhaiterait qu’ils eussent choisi d’être citoyens démocrates d’abord avant d’être religieux... Mais c’est là notre souhait de Marocains, la réalité est tout autre, elle est tunisienne!
·    Le plus drôle dans cette situation énigmatique, c’est que ce film tant décrié (sorti en 2007), a déjà été projeté en Tunisie (sans qu’il y ait eu des réactions de rue), et qui plus est, fut couronné par le Prix du Jury à Cannes en 2007, et cerise sur le gâteau, accueilli dans les salles de cinéma iraniennes (le pays des Mollahs !) avec quelques coupures ciblées certes, mais quand-même !...Sans débordements dans les rues, ni violences sur personnes et biens privés ! 

Qui l’eût cru ?

Alors, ces questions qui nous brûlent les lèvres : 

POURQUOI LA TUNISIE ? ET QUI EST L’INSTIGATEUR DE CETTE FLAMBÉE DE VIOLENCE INHABITUELLE DANS UN PAYS RECONNU POUR SON TEMPÉRAMENT PACIFIQUE ? LA VICTOIRE DE ENNAHDA Y EST-ELLE POUR QUELQUE CHOSE ?

·    On peut aussi déplorer l’attitude, voire la lâcheté des « démocrates » tunisiens de tous bords qui ont tant « braillé » sous le régime de BEN-ALI, à l’intérieur du pays ou en exil, et n’ont rien trouvé de mieux, une fois le régime tombé, qu’à « se chamailler » et oublier leurs serments d’antan concernant la réhabilitation de la démocratie dans leur pays, laissant, par leur égoïsme, leur aveuglement et leur ambition démesurée, de vastes boulevards à leurs adversaires, les Islamistes, plus « accommodants, efficaces et pervers »…


Ø  Quant à l'Egypte, son cas est particulier :

Voici un pays où figurent plusieurs « institutions prestigieuses » qui ont marqué son histoire :

ü  D’abord l’Université Al-Azhar, qui fut (et demeure) le berceau de la Culture Arabe au Proche-Orient, mais aussi le foyer de l’Islam fondamentaliste radical, qui considère la Charia comme l’unique expression d’un Islam authentique ! Donc incontournable pour un État Musulman !
ü  Depuis le renversement du Roi Farouk, c’est l’armée qui a pris les rênes du pouvoir, depuis le Mouvement des Officiers Libres conduit par le Colonel Néguib, jusqu’à Moubarak de nos jours !
Et qui assure la continuité du pouvoir pendant cette période transitoire, après la chute de Moubarak? C’est toujours l’Armée !

ü  Le plus vieux parti « politique » arabe est sans conteste « Les Frères Musulmans ». Religieux fondamentalistes, il va sans dire. Ayant pris naissance dans les couches sociales déshéritées (paysans et petits agriculteurs de la campagne) il a connu une influence considérable par la suite, dans les grandes villes, et essuyé ses premières répressions et condamnations sous Gamal Abdel NASSER... Il n’a pas connu de répit sous les successeurs de celui-ci !

ü  Et il suffit de citer El-Ahram pour mesurer l’influence médiatique (souvent bénéfique) qu’a exercée l’Egypte (à travers cette publication) sur l’ensemble du Monde Arabe, au moment des indépendances successives de celui-ci, et même après, de par la qualité et le professionnalisme de ce prestigieux journal qui a acquis une reconnaissance internationale ! Aujourd’hui encore, il demeure une source d’information fiable et incontournable pour qui veut s’instruire sur les dossiers brûlants qui agitent le Proche et le Moyen-Orient (pour ne parler que de politique).
C’est  en appréciant toutes ces « institutions » à leur juste valeur (vues du coté égyptien) que l’on comprend le désarroi des populations face aux atermoiements du Comité Militaire à élaborer la ligne de conduite idoine pour trouver les solutions aux problèmes qu’il affronte quotidiennement…et dans tous les domaines!
Mais d’abord, pourquoi un Comité Militaire ? En chassant Moubarak, les Égyptiens n’ont-ils pas voulu tourner « la page militaire » dans l’exercice du pouvoir dans leur pays ?
A part « Les Frères Musulmans », n’y a-t-il pas d’autres partis égyptiens capables d’assurer la transition avant les prochaines élections législatives ?
Où sont  les grands penseurs, les intellectuels, l’intelligentsia égyptienne, sensés montrer la voie du salut, dans un pays qui compte en son sein une population  la plus cultivée du monde arabe, et qui subit dans l'isolement absolu, malgré ses farouches résistances, les inepties d'un pouvoir hagard, qui gouverne à vue, créant par ses dérives répétées une situation chaotique sans précédant!?
Pourquoi la rue continue à manifester et à dénoncer les incompétences du Comité Militaire à gérer les Affaires du pays (au lieu que ce soit une institution civile qualifiée, choisie par le peuple, qui prépare dans la sérénité, les élections libres à venir) ?.
EST- IL RAISONNABLE DE CONTINUER A FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX ?

Ø  Et pour boucler la boucle, que peut-on dire de la Libye ? A part d’être une tragédie contemporaine à la Shakespeare !

·    Contentons-nous de méditer les dernières images horribles véhiculées à la ronde par toutes les chaînes de TV du monde, sur les derniers soubresauts du régime (agonisant) le plus insolite des temps modernes, et la fin tragique de son Dirigeant le plus controversé du monde arabe !

·    Éclaté (à dessein par le machiavélique dictateur) en plusieurs entités territoriales, coiffées et dirigées par des comités populaires (jamahiria libyenne) sous son commandement direct,(avec des ministres marionnettes à ses ordres) le pays aujourd’hui exsangue, a besoin pour se reconstruire, d’une forte dose de bonne volonté ...

Pour reconstituer l’Etat, organiser les structures d’un pouvoir centralisé fiable et former une relève de fonctionnaires de haut niveau susceptibles de gérer les nouvelles institutions du pays en cours de gestation par le CNT, il faut non seulement du temps et de la patience, mais une assistance technique et une expertise d’une grande ampleur venues de l’extérieur, pour remettre de nouveau le pays debout ! 
Heureusement que les moyens financiers Libyens peuvent largement y faire face (tout en étant généreux avec toutes les sociétés-conseils qui continuent d’affluer à Tripoli depuis l'intervention de L’OTAN, pour obtenir "des marchés juteux", tant que le vide des institutions le permet encore!). Pourvu que les bonnes intentions l'emportent sur la rapacité et le cynisme bien connus des hommes d'affaires étrangers en terre arabe! 

En conclusion,  il me semble que le Printemps Arabe a commencé par répandre l’espoir un peu partout, puis l’impatience et l'incertitude se sont emparées du mouvement et voici que l’automne nous vient chargé de scepticisme !

Qu’avons-nous fait de notre émancipation printanière ?

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