A L'OMBRE DE TAHA HUSSEIN

UN CITOYEN QUI S'INTERESSE A LA MARCHE DU SIECLE

mardi 2 novembre 2010

LA FONDATION DU PRIX NOBEL RETROUVE SA CREDIBILITE ET SA DIGNITE UN MOMENT MISES EN DOUTE.

J'ai décidé de partager mon Post en deux parties.

Et d'abord :

I. LA PRESTIGIEUSE INSTITUTION SUÉDOISE DU PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE PEUT-ELLE PRÉTENDRE A L'INFAILLIBILITÉ DANS LE CHOIX ET L’ATTRIBUTION DE SES RÉCOMPENSES ?

Cette assertion peut paraître à première vue tendancieuse…voire blasphématoire ! Tant la "sacralité" de cette Honorable Institution est ancrée dans l’opinion du public !

Mais que nous dit le cite Wikipedia sur le sujet (pour nous affranchir de tout malentendu)
 :
D’abord une réalité incontestable :
« Le Prix Nobel de Littérature (« Nobelpriset i litteratur » en suédois) récompense annuellement, depuis 1901, un écrivain ayant rendu de grands services à l’humanité, grâce à une œuvre littéraire qui, selon le testament du chimiste Alfred Nobel, a fait la preuve d’un puissant idéal ».
Dans cette perspective, qui peut mieux que la France, berceau de la littérature par excellence, bénéficier de la première distinction décernée par le comité Nobel en 1901, grâce à son célèbre poète Sully Prudhomme ?

Depuis, naturellement plusieurs lauréats prestigieux, de différents pays et continents, ont été couronnés dans une unanimité remarquable d’opinions favorables…

Cela vous suffit-il pour calmer votre émoi quant aux accusations (?) proférées hâtivement dès le début de ce Post?

En ce qui me concerne, je reste un peu perplexe au regard de ce qui suit...

Effectivement, je considère que jusqu’à la fin des années 70, l’institution jouissait encore d’une vénération sans faille. Le début des années 80, marqua le point de départ d’une sourde polémique (qui hésite à dire son nom), traduite dans l’esprit de l’opinion par une sorte d’incompréhension quant aux choix (des lauréats) faits par le jury du comité Nobel. Même si plus souvent ce sentiment était infondé, un air de partialité planait au-dessus de ce comité…Comment expliquer alors que la liste des lauréats comporte nombre d’oublis majeurs, des monuments de la littérature universelle, tels que : James Joyce, Marcel Proust ; Robert Musil, Franz Kafka, Virginia Wolf…et plus près de nous : Milan Kundera, Adonis, Mahmoud Darwich, Graham Greene, et pourquoi pas Taha Hussein ? D’autant que la fondation Nobel avait déjà initié l'attribution du Prix à titre posthume, notamment pour le poète Suédois Erik Axel Karlfeltd (1864-8avril1931) en 1931, et décidé à partir de 1974 de mettre fin à ce privilège, dont seuls les citoyens suédois ont bébéficié : Dag Hammarskjold par exemple (1905-sep.1961) prix Nobel de la Paix, (attribué par le comité Nobel d'Oslo).

Si ce n'est pas du favoritisme , ça lui ressemble étrangement!

Et que dire des deux Suédois Eyvind Johnson et Harry Martinson, qui, non contents d’être membres de l’Académie Suédoise (rappelons-le, qui est en charge de l'attribution du Prix Nobel de littérature) se sont permis de s’octroyer — indécemment — le prix Nobel de littérature en 1974 (en se le partageant) !

Aujourd’hui encore, l’indignation qui a agité le comité Nobel à cette époque, (par cette dérive totalement hors norme dans l’éthique suédoise), contribue à rendre plus vigilants les membres du Comité pour éviter la répétition de telles bavures et le discrédit qui s’ensuivrait et qui porterait un coup fatal à toute l’Institution !

(Dans un autre registre, et allant jusqu’à la date de naissance du comité Nobel au début des années 1900), comment peut-on concevoir que les pères fondateurs de la littérature scandinave, que sont August Strindberg (le Suédois, 1846-1912) et Henrik Ibsen (le Norvégien, 1828-1906) ont été ignorés par le prestigieux comité ?!

Et pourtant, le comité a gardé une attitude stoïque et intransigeante par rapport à ces impairs inhabituels dans les traditions du Nobel. Néanmoins et graduellement, certains "échos "commençaient à percer « la muraille » du comité Nobel pour que celui-ci daigne "descendre sur terre" et communiquer davantage. Et en s’ouvrant vers de nouvelles aires géographiques, tels que l’Afrique, l’Asie et le monde Arabo-musulman, il s’est paré enfin d’une crédibilité de bon aloi.

C'est ainsi que l'on a commencé à voir des noms "exotiques" ,venus de régions géographiques « peu fréquentées » par le Nobel avant 1980, bénéficier de cette prestigieuse distinction :
Il était temps ! Le comité peut repartir maintenant sur des bases plus conforme à son éthique, et dans un climat serein…

Mais là n’était pas la vraie question pour cette vieille institution qui, il faut bien le reconnaître, est connue pour son impassibilité légendaire. La vraie question pour elle est de pouvoir assurer sa pérennité et sa légitimité après les remous qui ont marqué l’après guerre mondiale et la division du monde en deux blocs ennemis.

Quelques couacs n’ont pas tardé à marquer cette période pour le comité Nobel:
  • Il y a d’abord l’attribution du Nobel à Boris Pasternak en 1958, qui attire les foudres des autorités soviétiques, ce qui contraint par voie de conséquence le lauréat à renoncer à sa récompense pour éviter des représailles…malgré sa première réaction favorable à cette récompense !
    A ce propos des souvenirs anecdotiques me viennent à l’esprit :
    Tout le monde sait que « le Docteur Jivago » de Pasternak qui fut récompensé par le comité Nobel, est une « brique » d’environ 600 à 700 pages (selon les éditions), une oeuvre ardue et prolixe par son style, bourdonnant de personnages et de situations complexes par leur enchevêtrement dans l’histoire de cette immense Empire Soviétique, (livre qui plus est, est écrit sur une longue période de 10 ans environ) bref, cette belle fresque d’histoire qui décrit avec moult détails « le passage de la Russie tsariste à l’URSS communiste, avec la guerre civile qui martyrisa sa population », devient une véritable corvée pour celui qui veut découvrir cet auteur méconnu (en dehors de l'URSS), et avec toute la bonne volonté du monde, on arrive difficilement à lire et dépasser les cent cinquante premières pages du livre…
  • Et grâce à un talent consommé et une production prestigieuse, le réalisateur américain David Lean transforma l’opacité du livre en un éclatant succès littéraire (parmi ceux qui ont vu le film)! Naturellement le charisme irrésistible d’Omar Sharif y était pour quelque chose… (même si le film a rendu une pâle copie par rapport à l’histoire originale). Je me rappelle à ce sujet, que certains « m’as-tu-vu »se baladaient avec le livre en main, et quand on les interrogeait sur ce qu’ils avaient retenu du roman, ce sont des séquences du film qui leur revenaient en mémoire !
  • Il y a ensuite un Jean-Paul Sartre boudeur, qui, couronné par le Nobel en 1964, refusa de se rendre à Stockholm pour recevoir son prix, sous le prétexte que "ce Prix" était beaucoup trop tourné vers l’Occident.
  • Enfin, ce fut le tour du lauréat de 1970, l’énigmatique Alexandre Soljenitsyne, dissident soviétique, peu communicatif et dépourvu de charisme ou de convivialité, qui renonça à son tour à aller chercher sa récompense, sous le prétexte fallacieux « que son œuvre fait l’objet d’une mauvaise interprétation en Occident ! ».
Naturellement, toute cette polémique (limitée somme toute à quelques « gauchistes, bien pensants mais rebelles » n’entame en rien la sérénité de la « Vieille Dame Scandinave».

Qui d’ailleurs pourrait le lui reprocher ?

A bien y réfléchir, l’on aurait bien aimé disposer chez nous (un pays Arabe qui regorge de « pétrodollars ») d’une institution similaire, gérée et structurée plus ou moins dans le même ordre d’idée, ayant à sa tête un comité érudit, probe, généreux et ouvert sur le monde du savoir en général, et qui, grâce à la manne de l’or noir et du gaz (qui ne semblent pas sur le point de tarir) pourrait receler de moyens conséquents pour encourager et récompenser des chercheurs, inventeurs et créateurs dans toutes disciplines (et en toute légitimité, sans esprit de cooptation ni de copinage). Ainsi, chaque année, nous aurons nous aussi nos lauréats (universels) en littérature, en médecine, en sciences (chimie, physique et économie), et en mathématiques et informatique (pour faire différent!), qui viendront s’ajouter aux autres lauréats du Nobel (en puisant d’ailleurs sur les mêmes listes, les noms qui n’auraient pas été chanceux avec ce dernier mais qui le seraient dans notre Institution, — dont il faudrait lui trouver un Label approprié —) en y incluant naturellement des candidats provenant du monde Arabo-musulman, pour peu qu’ils soient dignes par leurs recherches (avérées) et leur créativité tangible.

Mais là, j’en conviens, c’est le rêve juvénile d’un "adolescent attardé et incorrigible"...

Maintenant ne gâchons pas notre plaisir et célébrons comme il se doit le lauréat du Nobel de la littérature pour 2010 : M. Mario Vargas Llosa.

Mais d’abord, qui « se cache » derrière cette illustre Institution Nobel :
(Cérémonie officielle de remise de Prix Nobel)


Famille royale suédoise : Orhan Pamuk, Turquie, Prix Nobel de littérature, 2006
Médaille (de face et de dos) récompensant le lauréat de Nobel littéraire.


Suit le testament de Nobel, manuscrit en suédois : "Alfred Nobels testamente". :

Voici sa traduction en français :
Le testament d'Alfred Nobel

"Tout le reste de la fortune réalisable que je laisserai en mourant sera employé de la manière suivante : le capital placé en valeurs mobilières sûres par mes exécuteurs testamentaires constituera un fonds dont les revenus seront distribués chaque année à titre de récompense aux personnes qui, au cours de l'année écoulée, auront rendu à l'humanité les plus grands services. Ces revenus seront divisés en cinq parties égales. La première sera distribuée à l'auteur de la découverte ou de l'invention la plus importante dans le domaine de la physique; la seconde à l'auteur de la découverte ou de l'invention la plus importante en chimie; la troisième à l'auteur de la découverte la plus importante en physiologie ou en médecine; la quatrième à l'auteur de l'ouvrage littéraire le plus remarquable d'inspiration idéaliste; la cinquième à la personnalité qui aura le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion ou à la propagation des congrès pacifistes. Les prix seront décernés : pour la physique et la chimie par l'Académie suédoise des Sciences, pour la physiologie ou la médecine par l'Institut Carolin de Stockholm, pour la littérature par l'Académie de Stockholm, et pour la défense de la paix par une commission de cinq membres élus par la "Storting"(5) norvégienne. Je désire expressément que les prix soient décernés sans aucune considération de nationalité, de sorte qu'ils soient attribués aux plus dignes, scandinaves ou non."

Paris, le 27 novembre 1895
Alfred Bernhard Nobel.


Voici maintenant, la deuxième partie de ce Post:



II. M. VARGAS LLOSA PRIX NOBEL DE LITTERATURE 2010

D'abord, qui est M. Vargas Llosa? : « Il est né Jorge Mario Pedro Vargas Llosa le 28 Mars 1936 à Arequipa au Pérou". 
 Le 7 octobre 2010, l’Académie Suédoise (qui décerne le Prix Nobel de littérature) a publié le communiqué de presse suivant "Prix Nobel de littérature pour l’année2010 - Communiqué de presse".
Le secrétaire perpétuel
Communiqué de presse Le 7 octobre 2010
Prix Nobel de littérature pour l'année 2010

MarioVargas Llosa
Le prix Nobel de littérature pour l’année 2010est attribué à l’auteur péruvien Mario Vargas Llosa
"pour sa cartographie des structures du pouvoir et sesimages aiguisées de la résistance de l’individu,
de sa révolte et de son échec ".


Mario Vargas Llosa
M. Vargas Llosa est un écrivain péruvien (naturalisé espagnol) et un auteur de romans, de poésie et d’essais politiques. Comme beaucoup d’auteurs latino-américains Vargas Llosa s’est engagé en politique tout au long de sa vie. Ses opinions se sont progressivement déplacées du communisme au libéralisme. Il soutint initialement le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro, mais est rapidement déçu. En 1990, il fut candidat à l’élection présidentielle péruvienne à la tête d’une coalition de centre-droit, le Frente Democratico, et essuya un échec.

A ce stade de ma réflexion sur le lauréat, je ne cache pas mon scepticisme à l’égard de tout intellectuel (littéraire) qui s’engage politiquement… et « en fait » un peu trop, quels que soient son origine et ses talents en la matière. C’est comme avec la religion : quel est le pire ? Quand la politique instrumentalise la religion, ou quand la littérature instrumentalise la politique (à des fins personnelles non avouées) ? Je suis très embarrassé !
N'oublions pas le cas de Vàclav Havel, intellectuel tchèque de premier plan, qui devint Chef d'Etat de son pays, et échoua lamentablement dans sa fonction!

Mais j’ai été conforté par les propos de Jean Daniel, relatés dans une communication publié le 07.10.2010: "Comment comprendre l'engagement politique de Vargas-Llosa?"
"De la première partie de l'œuvre de Vargas Llosa, je dirais qu'elle est marquée par un marxisme révolutionnaire nuancé de romantisme et d'épopées lyriques. Cela a évidemment changé par la suite. Il était assez idéaliste et militant, mais à l'époque en Amérique latine on ne séparait pas ambition politique et vocation littéraire. Ce n'était pas l'attrait du pouvoir mais le souci de réaliser un idéal qui motivait une carrière politique. C'est comme ça qu'il faut comprendre l'engagement politique de Vargas Llosa.

Il est amusant de constater toutefois que jamais Octavio Paz, Pablo Neruda et Gabriel Mistral, tout trois Prix Nobel et latino-américains, n'auraient pensé se présenter à une élection présidentielle. Mais les prises de position de Vargas Llosa ne sont que des péripéties spectaculaires. L'essentiel est ailleurs. Il a apporté à la littérature une dimension à la fois épique, concrète et familière de la vie, visible par exemple dans la nouvelle « Tours et détours de la vilaine fille ». Son œuvre brille d'une clarté baroque mais aussi d'une dimension classique qui tient plus du classicisme français que de la tradition hispanique."

C’est là un résumé succinct donné par un « connaisseur » en littérature, en parlant d’un autre « connaisseur » latino-américain à talents multiples.

Voici par contre quelques extraits que j'ai choisis pour vous (forcément réducteurs sur l’impressionnante, riche et très variée production littéraire de cet auteur décidément prolifique !)

Mario Vargas Llosa: Tours et détours de la vilaine fille, Editions Gallimard, chapitre III, page 145.

"Je ne la laissai pas achever sa phrase parce que je m'élançai sur elle et, de tout mon poids, la fit rouler sur le lit. Elle se défendit un peu au début, mais cessa peu après de résister. Et je me rendis compte presque aussitôt qu'elle m'embrassait et m'étreignait aussi, et m'aidait à me déshabiller. Elle n'avait jamais fait cela auparavant. Pour la première fois je sentis son petit corps s'enrouler au mien, ses jambes s'entrelacer aux miennes, ses lèvres presser ma bouche et sa langue lutter avec la mienne. Ses ongles s'enfonçaient dans mon dos, dans mon cou. Je lui demandai de me pardonner, cela ne se reproduirait plus, je la remerciai de me rendre si heureux en me démontrant pour la première fois qu'elle aussi m'aimait. Je la sentis alors sangloter et vis ses yeux mouillés.
- Mon amour, petit cœur, ne pleure pas, et pour cette bêtise, lui dis-je en la berçant et buvant ses larmes. Cela ne se reproduira pas, je te le promets. Je t'aime, je t'aime."

Mario Vargas Llosa: Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine, Editions Plon, 2005, page 1880.

"Chili
La maison a à peine changé depuis la dernière fois que je suis venu, il y a un quart de siècle. On y a ajouté une librairie, une salle d’expositions, une petite cafétéria où se pressent les visiteurs. Il en vient entre cinq cents et sept cents chaque jour, de tous les coins du monde, mais surtout - me précise l'aimable conservatrice - des villages et hameaux de l'intérieur du Chili. Le grand cheval de bois qui accueillait les nouveaux venus est maintenant sous un auvent, mais je jurerais que toutes les autres curiosités, merveilles, horreurs et fantaisies qui font de la maison de l'Ile Noire un palais enchanté, un rêve incarné de vieil enfant, sont encore à la même place : les escargots de mer et les conques marines, les petits bateaux faits d'allumettes à l'intérieur de bouteilles et les imposantes figures de proue qui fendaient l'air avec un air de défi, comme si elles voulaient s'échapper des murs qui les retiennent pour aller à la rencontre des vagues farouches qui frappent les rochers et envoient des paquets d'écume contre les vitres de la maison."

Mario Vargas Llosa: La fête au Bouc, Editions Gallimard 2002 (Folio), page 13.

"Urania. Drôle de cadeau de la part de ses 'parents; son prénom évoquait une planète, un métal radioactif, n'importe quoi, sauf cette femme élancée, aux traits fins, hâlée et aux grands yeux sombres, un peu tristes, que lui renvoyait le miroir. Urania! Quelle idée! Heureusement plus personne ne l'appelait ainsi, mais Uri, Miss Cabral, Mrs. Cabral ou docteur Cabral. Autant qu'elle s'en souvienne, depuis qu'elle avait quitté Saint-Domingue. [...] personne, ni à Adrian, ni à Boston, ni à Washington D.C., ni à New York, n'avait plus appelé Urania comme autrefois chez elle et au collège Santo Domingo, où les sisters et ses compagnes prononçaient avec la plus grande application le prénom extravagant dont l'avait affublée à sa naissance."

Idem, page 53

"Le sous-lieutenant n'aurait jamais imaginé Salvador en conspirateur clandestin, trempant dans la lutte contre Trujillo après l'invasion castriste du 14 juin à Constanza, Maim6n et Estero Hondo, qui se solda par tant de morts. Il savait que le Turc détestait le régime et, malgré la retenue de Salvador et de sa femme devant lui, il les avait quelquefois entendus pester contre le gouvernement. Ils se taisaient immédiatement, car ils savaient qu'Amadito, bien que ne faisant pas de politique, professait, comme tout officier de l'armée, une fidélité de chien, une loyauté viscérale au Chef Suprême, Bienfaiteur et Père de la Nouvelle Patrie, qui, depuis trois décennies, présidait aux destinées de la République, avait droit de vie et de mort sur les Dominicains.
- Pas un mot de plus, Salvador. Tu me l'as dit. Je l'ai entendu et j'ai déjà oublié ce que j'ai entendu. Je vais continuer à venir ici, comme d'habitude. Je suis ici chez moi.
Salvador le fixa de ce regard limpide qui provoquait chez Amadito une impression gratifiante de vie.
- Allons boire une petite bière, alors. À bas la tristesse!"
Par ces extraits, je n’ai fait qu’aiguiser votre curiosité (pour ceux d’entre-vous qui ne connaissent pas suffisamment ce talentueux écrivain, pétri de culture classique, mais intimement lié à l’histoire et les conjonctures sociopolitiques latino-américaines) pour aller vite découvrir ce digne lauréat de Prix Nobel de littérature qui fait honneur aux intellectuels et littéraires du monde entier...

Une quarantaine de ses œuvres sont traduites en Français, dont on peut citer les plus connus (en plus de celles dont j’ai livrées quelques extraits plus haut) :

  • Conversation à la cathédrale, Gallimard 1973.
  • L’Orgie perpétuelle : Flaubert et « Madame Bovary », Gallimard 1975.
  • Contre vent et marées, Gallimard 1989.
  • La vérité par le mensonge : Essai sur la littérature, Gallimard 1992.
  • Les enjeux de la liberté, Gallimard 1997.
  • Lettres à un jeune romancier, Gallimard 2000
  • etc…etc…
Mais avant de vous quitter, j’aimerais vous présenter un dernier flash sur la personnalité, le caractère (bien trempé) et la stature littéraire d’un intellectuel – hors-pair – politiquement engagé, à travers un récent entretien qu’il a accordé au magazine hebdomadaire l’Express, publié le 01.04.2002, et la première question du magazine était la suivante : (sur le roman « La fête au Bouc »)
"Ne craignez-vous pas qu'avec ce roman on vous étiquette «écrivain tiers-mondiste travaillant sur le signifiant social»?

MARIO VARGAS LLOSA. Tous les écrivains d'Amérique latine sont condamnés aux stéréotypes en Europe! Soit qu'on les rêve en guérilleros romantiques, soit qu'on attende d'eux des vieux tours de réalisme magique... Ce qui importe dans un roman ce n'est pas le sujet, le thème, mais ce que vous en faites. Je ne crois pas avoir écrit un texte tiers-mondiste, pamphlétaire ou démagogique. Plutôt une histoire où la manière est encore plus importante que la matière, où la langue, la structure comptent plus que l'histoire elle-même. Mais c'est vrai, ce roman traite de la dictature, un sujet que la littérature légère, frivole, purement divertissante préfère éviter. Je n'aime pas cette littérature-là. Je la préfère sérieuse, inquiétante, préoccupante, ce qui ne veut pas dire dénuée d'humour. Ces considérations datent de ma jeunesse et j'y suis fidèle encore. J'ai été bien ou mal élevé par Jean-Paul Sartre pour qui les mots étaient des actes et la littérature capable de changer la vie. Ses idées sont encore valables. C'est un plaisir énorme de lire mais les mots qu'on trouve dans un livre sont aussi de petites mines destinées à exploser dans la conscience, la mémoire ou les comportements. Il y a un corollaire à la lecture et ce n'est pas seulement mon point de vue d'écrivain qui me le fait dire. C'est aussi mon expérience de lecteur. Ma vie serait plus triste et bornée si je n'avais pas lu Tolstoï, Faulkner, Melville, Camus, Dos Passos et Malraux, qui est d'ailleurs victime d'une sérieuse offensive alors que c'est un très grand romancier."

Ne peut-on conclure (et les propos de M. Vargas Llosa nous y encourage) que :
LA LITTERATURE EST L’AVENIR DE L’HOMME ?

Hélas, l’histoire (les événements ?) nous démontre la vanité (la fatuité ?) des hommes ! Mettez votre mémoire au travail, et dites moi combien de lauréats de Nobel (depuis seulement 2000) ont continué à « produire » après leur couronnement, et combien ont maintenu leur engagement (par l’écriture) pour rendre ce "monde agité" encore plus humain et moins porté sur la stigmatisation et la vindicte!

On assimile cette attitude à ce que la mafia sicilienne nomme trivialement le baiser de la mort ! .

Dans le cas qui nous intéresse, le lauréat est comme "pètrifié" par le poids de sa gloire soudaine, qu'il en devient muet!

Peut-on se résigner à cette "malédiction" silencieuse?...

Ou doit-on hurler notre dépit, le plus fort et le plus loin possible, avec l'espoir que son écho parvienne à nos lauréats, et qu'enfin revigorés, l’inspiration revenue, ils continuent à nous "parler"...
Mais compte-tenu du silence sidéral qui les entoure, il faut nous armer de beaucoup de patience pour espérer une réponse qui nous satisferait!

3 commentaires:

  1. Quand est-ce que cette association a été mise en doute? Maintenant, je doute encore un peu de ce prix, car je pense qu'il est influencé par les occidentaux, surtout quand le prix Nobel de la paix a été décerné à l'organisation qui s'est chargée de se débarrasser des armes nucléaires au Moyen Orient.

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    1. Une mise au point s'impose:
      1-L'Académie du Prix Nobel n'est pas une association mais une Fondation
      2-Le doute dont je parle me concerne d'abord, même si l'opinion générale a commencé à s'interroger après les quelques "ratés" de l'Académie pour les Prix Nobel de Paix et de Littérature de ces dernières années
      3-L'organisation dont vous parlez est un Conseil émanant des Nations-Unis, chargé de contrôler, sur mandat du Conseil de Sécurité, les installations "suspectées" de produire de l'Uranium à usage militaire, dans les pays membres des N-U., signataires ou non du Traité de Non Prolifération des Armements Nucléaires.
      Le fait que l'Iran fasse l'objet d'un tel harcèlement dans le contrôle de ces "usines de traitement de l'Uranium" , découle de plusieurs facteurs incriminant dont je citerai 3:
      1-Les déclarations belliqueuses et racistes de l'ex-Président iranien Ahmadinejjad (accusé par ailleurs d'être irresponsable et dogmatique) à l''encontre d’Israël ont mobilisé les Nations-Unis, et à leur tête l'Amérique, (principal protecteur d'Israël) pour empêcher l'Iran d'aller plus loin dans leur maîtrise de technologie pour les armements nucléaires.
      2-l'Arabie Saoudite, allié stratégique et primordial de l'Amérique au Moyen-Orient, ne peut pas tolérer que leur ennemi juré dans la région puisse se munir de l'armement nucléaire à leur détriment, et pousse donc les Etats-Unis d'empêcher par tous les moyens le "pays de satan" d'accéder à cet armement de destruction massive.
      3-Israël de son côté, seul pays au Moyen-Orient à détenir un arsenal d'armes nucléaires, ne peut accepter, sous prétexte d'assurer sa sécurité, qu'un autre pays dans la région puisse en produire, et exhorte à son tour l'Amérique et les pays alliés à barrer le chemin à l'Iran d'accéder au Nucléaire. Le fait que ce soit un pays musulman, qui pourrait parfaitement l'affronter, voire la menacer de destruction, ajoute à sa panique un zeste de fébrilité.
      Voilà de ma part l'éclairage que je peux apporter à votre commentaire pour que ma position soit bien comprise.

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  2. J'ajouterai pour être complet dans cet éclairage ceci : je trouve impardonnable, voire discriminatoire de la part de la communauté internationale d'accorder à Israël seul (dans le Moyen-Orient) le privilège de joindre le "club des puissances atomiques"...tout en sachant combien Gouvernement et société israéliens sont devenus radicaux, belliqueux et dangereux pour la paix dans le monde...
    On voit le résultat de cette tolérance aveugle exclusivement réservée par l'occident à Israël : l’avènement d'un gouvernement voyou qui ignore les principes élémentaires d'humanité, et les résolutions internationales des N-U relatives aux Droits fondamentaux du peuple Palestinien.
    Pour éviter un désastre qui résulterait de cette position permanente de va-t'en guerre d'Israël et qui mettrait à feu et à sang tout le Moyen-Orient,si par malheur son gouvernement perd le contrôle de la situation) la logique voudrait d'accorder à l'Arabie Saoudite (berceau de l'Islam, première religion du monde par le nombre de croyants) ou à l'Egypte (sanctuaire de la première civilisation du monde, part l'ancienneté) les moyen d'accéder à l'arme nucléaire...Ce sera une démarche juste et légitime pour créer un équilibre salutaire entre les antagonistes de la région, celui-là même qui a permis au monde d'échapper à une effroyable guerre nucléaire entre les deux grandes puissances militaires USA et URSS...
    Ce serait une erreur tragique de laisser Israël seul détenteur de l'arme atomique au Moyen-Orient.

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